El Hachemi Guerouabi
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 12 juillet 2017

Le Prince du Chaâbi
El Hachemi Guerouabi
1938 – 2006 • L’Élégance d’Alger • Maître du Verbe
Icône absolue de la musique algéroise, il a su marier la rigueur du Melhoun à la fraîcheur de la chansonnette moderne. Son charisme et sa voix de crooner ont fait de lui le seigneur incontesté des nuits d’Alger.
📍 Belcourt, Alger
🏆 Légende Nationale
El Hachemi Guerouabi est la figure de proue qui a su donner au chaâbi algérien ses lettres de noblesse moderne. Héritier spirituel de Hadj M’hamed El Anka, il a transcendé les codes traditionnels pour devenir l’interprète fétiche de toute une génération. Son nom est éternellement lié au renouveau de la ville d’Alger, dont il a chanté les joies, les tourments et la splendeur avec une élégance jamais égalée.
- 1. Des hauteurs d’El Biar aux rues de Belcourt
- 2. Le dilemme : Entre le ballon rond et le mondol
- 3. La rencontre avec Mahboub Bati : Le tournant moderne
- 4. El Bareh : L’hymne d’une révolution musicale
- 5. L’art de Guerouabi : Une technique de velours
- 6. Le dernier rappel et l’héritage d’un Prince
- 7. Questions fréquentes
«Guerouabi n’interprétait pas seulement des chansons, il les habitait. Il a apporté au Chaâbi ce que le jazz a apporté au blues : une sophistication sublime.
— Hommage d’un mélomane algérois
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Des hauteurs d’El Biar aux rues de Belcourt
El Hachemi Guerouabi naît le 6 janvier 1938 à El Biar, un quartier résidentiel sur les hauteurs d’Alger. Cependant, c’est dans le quartier populaire et bouillonnant de Belcourt (aujourd’hui Belouizdad) qu’il passera sa jeunesse. Ce double ancrage — l’élégance des hauteurs et la ferveur des quartiers populaires — sera la clé de son futur style musical.
Issu d’une famille originaire de Sour El Ghozlane, le jeune El Hachemi est baigné dès l’enfance dans l’univers du chaâbi qui résonne dans les cafés maures de Belcourt. Il est fasciné par la prestance des grands cheikhs de l’époque, mais il possède déjà une sensibilité différente, plus portée vers la mélodie et l’image de l’artiste moderne.
À seulement 15 ans, il se fait remarquer lors d’une fête de quartier. On dit qu’il avait une telle aisance vocale qu’il pouvait passer des aigus les plus cristallins aux graves les plus profonds sans aucun effort apparent. Il commence alors à suivre les traces de ses aînés, tout en cultivant un look de « dandy » qui fera sa renommée.
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Le dilemme : Entre le ballon rond et le mondol
Peu de gens le savent, mais El Hachemi Guerouabi aurait pu devenir une star du football. Ailier droit virtuose, il évolue dans plusieurs clubs algérois comme la Redoute (El Mouradia) et se fait un nom sur les terrains. Le football lui donne le sens du rythme, de l’esquive et une certaine popularité immédiate auprès des jeunes.
C’est finalement la musique qui l’emportera. En 1953, il rejoint l’orchestre de l’Opéra d’Alger, dirigé par le grand Mahieddine Bachtarzi. Il y côtoie l’élite de la musique algérienne et apprend la rigueur de la scène. Son passage au Conservatoire d’Alger sous la direction du Cardinal El Anka finira de polir son diamant brut.
L’ombre et la lumière du Cardinal
El Anka voyait en lui son successeur le plus doué, mais aussi le plus indomptable. Guerouabi respectait la tradition, mais il voulait l’ouvrir sur le monde. C’est cette tension créatrice qui fera naître le « style Guerouabi ».
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La rencontre avec Mahboub Bati : Le tournant moderne
Dans les années 60, le chaâbi s’essouffle un peu auprès de la jeunesse qui lorgne vers les musiques occidentales. Guerouabi rencontre alors le compositeur visionnaire Mahboub Bati. Ensemble, ils vont opérer une révolution copernicienne dans la musique algérienne.
La Chansonnette
Bati écrit pour Guerouabi des titres plus courts, plus rythmés, basés sur des mélodies accrocheuses tout en gardant l’âme du chaâbi. C’est l’invention de la « pop-chaâbi ».
L’Audace Vocale
Guerouabi abandonne la diction parfois monotone des anciens pour des envolées lyriques dignes des plus grands crooners. Il devient le sex-symbol de la chanson algéroise.
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El Bareh : L’hymne d’une révolution musicale
Le titre El Bareh (Hier) sort comme un séisme. Les puristes crient à la trahison, mais le peuple l’adopte instantanément. Les paroles évoquent la jeunesse qui s’enfuit avec une nostalgie déchirante. Guerouabi n’est plus seulement un chanteur de chaâbi, il est une star nationale.
Ce succès ouvre la voie à d’autres titres légendaires comme Koursi, Djoumâa, ou Wahid El Ghorba. Malgré les critiques des conservateurs, Guerouabi reste droit dans ses bottes, affirmant que pour que le chaâbi survive, il doit respirer l’air de son temps.
L’impact culturel
Grâce à El Bareh, Guerouabi a permis à toute une jeunesse algérienne des années 70 de se réapproprier son patrimoine musical sans avoir l’impression d’écouter la « musique des vieux ».
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L’art de Guerouabi : Une technique de velours
Ce qui rend Guerouabi unique, c’est sa science du Istikhbar (improvisation vocale). Il pouvait étirer une note, la faire vibrer ou la suspendre avec une précision chirurgicale. Il a réintroduit la flûte (djouak) et le violon avec une place prépondérante, créant des ambiances quasi cinématographiques.
Il était également le maître incontesté du Qaçid (poème long). Bien qu’il ait réussi dans la chansonnette, il n’a jamais abandonné les grands textes du Melhoun, prouvant aux sceptiques qu’il maîtrisait parfaitement la tradition la plus exigeante.
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Le dernier rappel et l’héritage d’un Prince
Malgré la maladie qui le ronge vers la fin de sa vie, El Hachemi Guerouabi continue de chanter. Son dernier concert mémorable a lieu à la salle Ibn Khaldoun à Alger en 2005. Il s’éteint le 17 juillet 2006 à l’hôpital de Zeralda, laissant une Algérie orpheline de son fils le plus élégant.
Ses funérailles au cimetière d’El Madania ont réuni toutes les couches de la société, des officiels aux habitants de Belcourt. Il laisse derrière lui une discographie immense et une influence qui se ressent chez tous les artistes de la nouvelle scène algéroise, mais aussi chez des chanteurs comme Dahmane El Harrachi avec qui il partageait cet amour du peuple.
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Questions fréquentes sur El Hachemi Guerouabi
Pourquoi l’appelait-on « Le Prince » ?
C’est un titre qui lui a été donné par son public et les journalistes pour sa classe naturelle, son élégance vestimentaire irréprochable et surtout la finesse aristocratique de son chant.
A-t-il chanté autre chose que du Chaâbi ?
Guerouabi était un artiste complet. Il a fait ses débuts dans le théâtre et l’opéra avec Bachtarzi. Il a également interprété des musiques de films et a touché à la chansonnette pop algéroise, ce qui était très audacieux à son époque.
Était-il proche de Hadj M’hamed El Anka ?
Oui, El Anka a été son professeur au Conservatoire d’Alger. Bien qu’ils aient eu des divergences artistiques sur la modernisation du genre, El Anka reconnaissait en lui l’élève le plus doué de sa génération.
Où puis-je me recueillir sur sa tombe ?
El Hachemi Guerouabi repose au cimetière d’El Madania (Sidi M’hamed) à Alger. Sa tombe est régulièrement visitée par ses admirateurs qui viennent lui rendre hommage.
« Ma voix s’éteindra peut-être, mais l’élégance de mon Alger vivra à jamais dans mes chansons. »
— El Hachemi Guerouabi, Le Prince Eternel
ⴳⵡⵉⵔⵡⴰⴱⵉ — La classe à l’état pur






































































































































































































































































































































































































































































































































































































