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Colonel Othmane

🇩🇿 Histoire de l’Algérie • Révolution

Colonel Othmane : Le Dernier Commandant de la Wilaya V Historique

Biographie complète de Benhaddou Bouhadjar, militant de la première heure, successeur du Colonel Lotfi à la tête de l’Oranie, figure majeure de la lutte de libération nationale.

📅 23 novembre 1927 – 27 août 1977
📍 Aïn Témouchent (Oranie)
⭐ Colonel de l’ALN

⭐ Fiche d’identité
Colonel Othmane
Benhaddou Bouhadjar — بن حدو بوحجار
Naissance
23 novembre 1927 • Aïn Témouchent
Décès
27 août 1977 (50 ans)
Grade
Colonel de l’ALN
Commandement
Wilaya V (Oranie)

Benhaddou Bouhadjar, dit Colonel Othmane, est l’une des figures emblématiques de la Wilaya V historique (Oranie) durant la guerre de libération nationale. Militant de la première heure au sein de l’Organisation spéciale (OS) dès 1947, emprisonné aux côtés d’Ahmed Zabana, il gravit tous les échelons de l’ALN jusqu’à devenir, en 1960, le dernier commandant de la Wilaya V, succédant au légendaire Colonel Lotfi tombé au champ d’honneur. Son parcours illustre le sacrifice d’une génération entière pour l’indépendance de l’Algérie.

🏠 Origines et jeunesse à Aïn Témouchent (1927-1947)

Benhaddou Bouhadjar naît le 23 novembre 1927 (ou le 27 novembre selon certaines sources) à Aïn Témouchent, dans l’ouest algérien. Il grandit dans une région marquée par la présence coloniale et les inégalités criantes entre colons européens et population autochtone.

Sa famille s’installe ensuite à Hassi El Ghella, une commune relevant de la wilaya d’Aïn Témouchent. Selon certains témoignages, la famille Bouhadjar serait d’origine marocaine mais native d’Algérie. Le jeune Benhaddou grandit dans un environnement modeste, où il développe très tôt une conscience politique aiguisée.

📚 Un lecteur passionné

Selon les témoignages de ses contemporains, le jeune Benhaddou Bouhadjar était un lecteur avide, particulièrement passionné par les romans policiers. Cette curiosité intellectuelle le distinguait déjà parmi les jeunes de son quartier.

L’Oranie de l’entre-deux-guerres est un terreau fertile pour le nationalisme algérien. La région a vu naître de nombreux militants, et c’est dans ce contexte que Benhaddou Bouhadjar forge ses premières convictions politiques, témoin des injustices du système colonial.

✊ L’Organisation spéciale et l’emprisonnement (1947-1952)

L’engagement précoce (1947)

En 1947, à l’âge de 20 ans, Benhaddou Bouhadjar franchit le pas décisif en rejoignant l’Organisation spéciale (OS), le bras armé clandestin du mouvement nationaliste. Cette organisation secrète, créée en 1947 au sein du MTLD de Messali Hadj, prépare l’action armée contre le colonialisme français.

Le jeune militant adhère également au Parti du peuple algérien (PPA), au Mouvement des Amis du Manifeste (Ahbab El-Bayan), puis au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Il s’inscrit ainsi dans la lignée des nationalistes algériens qui ont choisi la voie de l’action directe.

📋 Parcours militant (1947-1954)

  • 🔒
    1947 : Adhésion à l’Organisation spéciale (OS) à 20 ans

  • Adhésion au PPA, aux Amis du Manifeste, puis au MTLD
  • ⛓️
    Mai 1950 : Arrestation avec 47 autres militants
  • 🗝️
    1952 : Libération de prison

L’arrestation et la prison (1950-1952)

En mai 1950, alors qu’il n’a que 23 ans, Benhaddou Bouhadjar est arrêté en même temps que 47 autres militants dans le cadre de la répression qui frappe l’Organisation spéciale après la découverte de ses activités par les autorités coloniales.

Il est incarcéré d’abord à Oran, puis transféré à Alger. C’est dans les geôles coloniales qu’il fait la connaissance de deux figures qui deviendront des martyrs de la Révolution : Ahmed Zabana, premier condamné à mort guillotiné de la guerre d’Algérie (19 juin 1956), et Hamou Boutlélis, autre héros de la lutte de libération.

🤝 Compagnons de cellule

Dans les prisons coloniales, Benhaddou Bouhadjar côtoie Ahmed Zabana et Hamou Boutlélis. Ces rencontres forgent des liens indéfectibles entre militants et renforcent leur détermination à poursuivre le combat pour l’indépendance, quel qu’en soit le prix.

Libéré en 1952, Benhaddou Bouhadjar sort de prison avec une conviction renforcée : seule la lutte armée permettra à l’Algérie de recouvrer son indépendance. Il reprend immédiatement ses activités militantes, préparant les événements qui bouleverseront le destin du pays.

🔥 Le déclenchement de la Révolution (1954)

À sa sortie de prison, Benhaddou Bouhadjar reprend contact avec les réseaux militants de l’ouest algérien. Il est chargé d’une mission cruciale : collecter des armes en vue du déclenchement de la lutte armée. Il fait ainsi partie de ceux qui préparent le 1er novembre 1954 à l’Ouest du pays.

Dès le déclenchement de la Toussaint Rouge, le Colonel Othmane participe avec les moudjahidine de la Wilaya V à des opérations de commandos, notamment dans l’acheminement des armes et les attaques contre des fermes coloniales. Son expérience au sein de l’OS et sa connaissance du terrain font de lui un élément précieux pour l’organisation naissante de l’ALN en Oranie.

« Feu colonel Othmane a été chargé de collecter des armes en vue du déclenchement de la glorieuse guerre de libération, car il faisait partie de ceux qui l’ont déclenchée à l’Ouest du pays. »

Témoignage historique

Sur le rôle du Colonel Othmane dans la préparation du 1er novembre

La Wilaya V (Oranie) est la plus vaste des wilayas historiques, couvrant tout le territoire de l’ancien département d’Oran. Presque entièrement arabophone, elle est dirigée successivement par les plus grands noms de la Révolution : Larbi Ben M’hidi, Abdelhafid Boussouf, puis Houari Boumedienne. C’est dans ce cadre que le jeune Bouhadjar va forger sa légende.

📈 L’ascension au sein de la Wilaya V (1956-1960)

Du Congrès de la Soummam au grade de commandant

Après le Congrès de la Soummam d’août 1956, qui restructure l’organisation politico-militaire de la Révolution, Benhaddou Bouhadjar est promu au grade de capitaine. Cette promotion reconnaît son engagement et ses qualités de combattant. Il est alors nommé commandant de la 3e région de la Wilaya V historique.

En 1956, il supervise également les grandes opérations de fidaïs (combattants urbains) dans l’Oranie, coordonnant les actions de guérilla contre les forces coloniales.

📋 Ascension dans la hiérarchie (1956-1960)


  • 1956 : Promu capitaine après le Congrès de la Soummam
  • 🗺️
    Nommé commandant de la 3e région de la Wilaya V
  • 🤝
    1957 : Participe à la réunion des cadres de la Wilaya V
  • ⭐⭐
    1958 : Promu commandant, membre du CNRA
  • ⭐⭐⭐
    1960 : Promu colonel, commandant de la Wilaya V

La réunion historique de 1957

En 1957, Benhaddou Bouhadjar participe à une réunion capitale des cadres de la Wilaya V historique. Autour de la table, les plus grands noms de la Révolution oranaise :

  • Si Slimane (Kaïd Ahmed) – futur ministre
  • Colonel Lotfi – le légendaire commandant de la Wilaya V
  • Si Nacer Merbah – futur chef de la Sécurité militaire
  • Ferradj – compagnon d’armes du Colonel Lotfi
  • Si Rachid
  • Colonel Houari Boumedienne – chef de l’État-major général de l’ALN

En 1958, Benhaddou Bouhadjar est promu au grade de commandant et devient membre du CNRA (Conseil national de la révolution algérienne), le « parlement » de la Révolution. Cette nomination consacre son statut de décideur majeur dans la lutte de libération.

🎖️ Commandant de la Wilaya V (1960-1962)

La mort du Colonel Lotfi (27 mars 1960)

Le 27 mars 1960, le Colonel Lotfi (Benali Dghine Boudghène), le plus jeune colonel de la guerre de libération, tombe au champ d’honneur dans les montagnes de Béchar. Avec lui disparaît son fidèle lieutenant, le Commandant Ferradj (Louedj Mohammed). Les deux hommes, pris dans un traquenard, font face à une grosse armada de l’armée coloniale.

Il ne restait que deux ans avant le cessez-le-feu de mars 1962. La disparition du Colonel Lotfi laisse un vide immense à la tête de la Wilaya V. C’est Benhaddou Bouhadjar qui est désigné pour lui succéder.

🎖️ Le dernier commandant de la Wilaya V

En 1960, après la mort du Colonel Lotfi, Benhaddou Bouhadjar est désigné commandant de la Wilaya V historique avec le grade de colonel. Il devient ainsi le dernier commandant de cette wilaya, poste qu’il occupera jusqu’à l’indépendance en juillet 1962.

Un commandement depuis le Maroc

Comme ses prédécesseurs (Ben M’hidi, Boussouf, Boumedienne), le Colonel Othmane exerce son commandement « in abstentia » depuis le Maroc. L’état-major de la Wilaya V, qui reste de l’autre côté de la frontière, transmet ses ordres par radio aux maquis de l’intérieur.

Cette situation s’explique par la construction des barrages électrifiés (lignes Challe et Morice) le long des frontières, qui rendent extrêmement périlleux le passage entre le Maroc et l’Algérie. Ces barrages, véritables « murs de la mort », ont causé la perte de nombreux moudjahidine.

La crise de l’été 1962

Après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, le FLN est confronté à ce que les historiens appellent la « crise de l’été 1962 ». Les tensions éclatent entre le GPRA (Gouvernement provisoire) et l’État-major général (EMG) de Houari Boumedienne, soutenu par Ahmed Ben Bella.

La position du Colonel Othmane est particulièrement délicate. La grande majorité des troupes de la Wilaya V se trouve sur le territoire marocain, et le roi Hassan II, pragmatique, apporte son soutien à Ben Bella. Selon les historiens, le Colonel Othmane devient « l’otage de l’armée des frontières et des troupes marocaines », ses choix étant désormais très limités.

« Du fait que la grande partie des troupes de la wilaya 5 se trouvaient dans le territoire marocain, les choix s’offrant au colonel Othmane, devenu l’otage de l’armée des frontières et des troupes marocaines, étaient désormais très réduits. »

Revue Insaniyat

« Les wilayas dans la crise du FLN de l’été 1962 »

🇩🇿 L’indépendance et l’après-guerre

Membre du Conseil de la Révolution

Après l’indépendance de l’Algérie le 5 juillet 1962, le Colonel Othmane est désigné membre du Conseil de la Révolution, l’organe suprême du pouvoir dans la jeune République algérienne. Cette nomination reconnaît son rôle éminent dans la guerre de libération et sa stature de chef militaire respecté.

Contrairement à d’autres colonels de l’ALN qui occupèrent des postes ministériels ou diplomatiques importants, le Colonel Othmane semble avoir adopté un profil plus discret dans l’Algérie indépendante. Les sources disponibles ne permettent pas de retracer précisément ses activités dans les années 1960 et 1970.

Le décès (27 août 1977)

Le Colonel Othmane décède le 27 août 1977, à l’âge de 50 ans seulement. Il s’éteint quinze ans après l’indépendance qu’il a contribué à conquérir, laissant le souvenir d’un combattant de la première heure qui a consacré sa vie à la libération de son pays.

🏟️ Le stade Colonel Othmane d’Oran

En hommage au Colonel Othmane, le nouveau stade olympique d’Oran, inauguré le 17 juin 2021 pour les Jeux Méditerranéens, porte son nom. D’une capacité de 40 000 places, ce complexe sportif situé à Bir El-Djir honore la mémoire de ce héros de la guerre de libération, 40 ans après sa mort.

❓ Questions fréquentes sur le Colonel Othmane

Qui était le Colonel Othmane ?

Le Colonel Othmane, de son vrai nom Benhaddou Bouhadjar (1927-1977), était un colonel de l’ALN et le dernier commandant de la Wilaya V historique (Oranie) de 1960 jusqu’à l’indépendance en 1962. Il succéda au Colonel Lotfi tombé au champ d’honneur et fut membre du Conseil de la Révolution après l’indépendance.

Comment le Colonel Othmane a-t-il rejoint la lutte pour l’indépendance ?

Benhaddou Bouhadjar a rejoint l’Organisation spéciale (OS) en 1947 à l’âge de 20 ans. Il adhéra ensuite au PPA puis au MTLD. Arrêté en mai 1950, il fut emprisonné à Oran puis Alger où il rencontra Ahmed Zabana et Hamou Boutlélis. Libéré en 1952, il participa à la préparation du 1er novembre 1954 et à la collecte d’armes.

Quel rôle a joué le Colonel Othmane dans la Wilaya V ?

Le Colonel Othmane a gravi tous les échelons au sein de la Wilaya V : capitaine après le Congrès de la Soummam (1956), commandant de la 3e région, puis commandant et membre du CNRA (1958). Après la mort du Colonel Lotfi en mars 1960, il fut désigné commandant de la Wilaya V avec le grade de colonel, poste qu’il occupa jusqu’à l’indépendance.

Avec quels chefs de la révolution le Colonel Othmane a-t-il travaillé ?

Le Colonel Othmane a côtoyé les plus grands chefs de la Wilaya V : Larbi Ben M’hidi, Abdelhafid Boussouf, le Colonel Lotfi, Kaïd Ahmed (Si Slimane), Nacer Merbah, Ferradj et Houari Boumedienne. Il participa notamment à la réunion des cadres de la Wilaya V en 1957.

Quelle était la position du Colonel Othmane lors de la crise de l’été 1962 ?

Lors de la crise de l’été 1962, la position du Colonel Othmane était délicate. La majeure partie des troupes de la Wilaya V se trouvant sur le territoire marocain, et le roi Hassan II soutenant Ben Bella, le colonel Othmane devint selon les historiens « l’otage de l’armée des frontières et des troupes marocaines », ses choix étant très limités.

Quel hommage est rendu au Colonel Othmane aujourd’hui ?

Le stade olympique d’Oran, inauguré le 17 juin 2021 pour les Jeux Méditerranéens, porte le nom du Colonel Othmane. D’une capacité de 40 000 places, ce complexe sportif honore la mémoire de ce héros de la guerre de libération nationale, 40 ans après sa mort survenue le 27 août 1977.

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Premier chef de la Wilaya V historique

 



Houari Boumedienne

Chef de l’État-major général de l’ALN

 

📚 Sources

  • Algérie Presse Service (APS) — « Oran : un hommage appuyé au Colonel Othmane » (2017)
  • La Patrie News — « JM-2022 : Le stade d’Oran porte le nom au défunt Colonel Othmane » (2022)
  • Salama Magazine — « Le complexe sportif d’Oran portera le nom du Colonel Othmane »
  • Revue Insaniyat — « Les wilayas dans la crise du FLN de l’été 1962 »
  • Wikipédia — « Wilaya (guerre d’Algérie) », « Colonel Lotfi »
  • Algérie Patriotique — « L’Algérie face à l’amnésie de ses responsables »
  • Témoignages de militants — Blog de Soraya, témoignage de Benyahia Djemaï
Colonel Othmane

Mohamed Lamouri

Colonel Othmane

Colonel Sadek

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