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La ville de Aïn Témouchent en Algérie

Aïn Témouchent, la « Perle de l’Oranie » ou « La Florissante », est une wilaya côtière de l’ouest algérien aux terres d’une fertilité exceptionnelle. Héritière de l’antique Albulae romaine et de Siga, capitale du roi berbère Syphax, elle fut le premier bassin viticole d’Algérie coloniale (3,2 millions d’hectolitres en 1950). Ses 80 km de littoral méditerranéen offrent des plages préservées (Rachgoun, Madagh, Bouzedjar), tandis que Béni Saf s’impose comme le premier port de pêche d’Algérie. Entre vignobles, thermes de Hammam Bouhadjar et vestiges numides, cette terre volcanique séduit par sa douceur de vivre méditerranéenne.

1. Présentation générale

Aïn Témouchent (en arabe : عين تموشنت, en tifinagh : ⵜⴰⵍⴰ ⵏ ⵜⵓⵛⴻⵏⵜ) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située dans l’ouest de l’Algérie. La ville se trouve à 81 km au sud-ouest d’Oran, 70 km de Sidi Bel Abbès et 75 km de Tlemcen.

Le nom « Aïn Témouchent » vient de l’arabe aïn (« source ») et du berbère tuccent (« la chacale femelle »), soit « la Source de la Chacale ». À l’époque romaine, la ville s’appelait Albulae (« ville blanche »), et avant les Romains Sufat (d’origine phénicienne).

La wilaya fut créée en 1984, issue du découpage de la wilaya d’Oran.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (wilaya)~400 000 habitants
Superficie (wilaya)2 379 km²
Nombre de daïras8
Nombre de communes28
Code wilaya46
Altitude chef-lieu245 m
Littoral80 km de côte méditerranéenne
Ports de pêche2 (Béni Saf, Bouzedjar)
Production halieutique~22 000 tonnes/an
Zones touristiques (ZET)6 identifiées

Relief et sols

La région offre des paysages variés : plaines, plateaux pierreux, hautes collines, montagnes (Tessala), vallées (bassin de la Tafna et d’El Malah) et littoral méditerranéen.

Les sols noirs exceptionnellement fertiles proviennent de la décomposition de laves basaltiques (zone anciennement volcanique), expliquant la richesse agricole de la région.

3. Histoire : de Syphax à l’Algérie moderne

3.1 Préhistoire

Les traces de présence humaine remontent à 50 000 ans, comme le démontre la découverte de l’« homme de Rio Salado » (actuel El Malah). Sur l’île de Rachgoun, des industries lithiques ibéromaurusiennes et ossements humains attestent d’une occupation très ancienne.

3.2 Comptoirs phéniciens et carthaginois

De 1600 à 1200 av. J.-C., des commerçants phéniciens puis carthaginois transitèrent sur le littoral, notamment sur l’île de Rachgoun (anciennement Cap d’Accra) et à Sufat sur l’oued Senane. Une nécropole phénicienne des VIIe-VIe siècles av. J.-C. a été découverte sur l’île.

3.3 Siga, capitale du roi Syphax

À l’embouchure de la Tafna, au lieu de Takembrit, s’élevait Siga, capitale du roi berbère Syphax (IIIe siècle av. J.-C.). Son royaume massaesyle englobait les deux tiers de l’Algérie et une partie du Maroc. Tite-Live le décrivait comme « le roi le plus riche de cette terre d’Afrique ».

En 206 av. J.-C., Syphax organisa à Siga une rencontre historique entre les généraux ennemis Scipion (romain) et Hasdrubal (carthaginois). Allié de Carthage contre Rome, Syphax fut vaincu par Massinissa et Scipion, et mourut prisonnier près de Rome.

Son mausolée, nommé « Kerkar el Arais », dégagé en 1977, surplombe l’ancienne capitale. Le site de Siga a été classé en 1991.

3.4 Albulae romaine

Vers la fin du Ier siècle apr. J.-C., les Romains fondèrent le poste militaire Praesidium Sufative (119), devenu Albulae au IIIe siècle. La ville prospéra dans le négoce (céréales, huile) jusqu’à un violent séisme suivi d’incendies au VIIe siècle qui la rasa.

En 300, sous Dioclétien et Maximien, fut restauré le temple de la déesse Maura. Une stèle chrétienne du Ve siècle provenant d’Albulae servit de première pierre à la chapelle de Santa Cruz à Oran (1959).

3.5 Période arabe et ottomane

Au Xe siècle, le géographe El Bekri mentionne Kasr Ibn Sinan (« château d’Ibn Sinan ») à l’emplacement actuel. C’est également ici que mourut le célèbre corsaire turc Baba Aroudj (Barberousse).

Le traité de la Tafna (1837) entre l’Émir Abdelkader et le général Bugeaud fut signé dans la région.

3.6 Période coloniale et indépendance

En 1843, une redoute militaire fut édifiée, noyau de la ville actuelle. Le centre de population fut créé en 1851 (228 familles). Le capitaine Safrane est considéré comme le fondateur d’Aïn Témouchent.

La ville accueillit de grandes figures : l’Émir Abdelkader, Rabah Bitat, le cheikh El Bachir El Ibrahimi. Charles de Gaulle y prononça son discours « Je vous ai compris » le 9 décembre 1960.

En 1955, Aïn Témouchent devint sous-préfecture, puis chef-lieu de wilaya en 1984.

4. Viticulture et agriculture

Premier bassin viticole d’Algérie

La viticulture est attestée depuis l’Antiquité : variété berbère « Ahmar bou Amar », vignes dans les comptoirs phéniciens de Siga et Rachgoun, traces romaines.

Sous la colonisation, Aïn Témouchent devint le principal bassin viticole d’Algérie :

3 245 000 hectolitres en moyenne (1950-1960), soit le record national.

La vigne occupait 40% des terres cultivées de l’arrondissement.

La région présentait l’une des densités européennes les plus fortes du pays.

Aujourd’hui, les vignobles et oliveraies perpétuent ce savoir-faire méditerranéen, avec des dégustations de vins et huiles locales.

Agriculture diversifiée

Grâce aux sols volcaniques d’une fertilité exceptionnelle, la wilaya produit également :

Céréales (20% des terres labourables historiquement), cultures maraîchères, vergers (agrumes, amandiers), oliveraies.

La cuisine locale reflète cette richesse agricole. Découvrez les spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

5. Littoral et tourisme balnéaire

80 km de côte méditerranéenne

La wilaya offre un magnifique littoral avec de nombreuses stations balnéaires :

Rachgoun : grande plage coupée par l’embouchure de l’oued Tafna, face à l’île de Rachgoun (Laïla) et son phare de 1870. Complexe touristique « Syphax » (34 bungalows, 120 lits).

Plage de Madagh : eaux cristallines, sable fin, criques sauvages.

Plage de la Guitare : forme originale rappelant une guitare, eaux limpides.

Madrid-plage (Béni Saf), Terga, Sassel, Sbiaat, Bouzedjar, Oued El Hallouf.

Zones d’expansion touristique

Six ZET ont été identifiées : Rachgoun, Sidi Djelloul, Terga, Sassel, Sbiaat et Bouzedjar.

Île de Rachgoun

L’île de Rachgoun (800 m × 200 m, 17 hectares) fut un comptoir phénicien stratégique. Classée zone humide Ramsar en 2012, elle est un sanctuaire pour les oiseaux migrateurs.

Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie par ville et budget.

6. Patrimoine archéologique

Ruines de Siga

À 50 km du chef-lieu et 25 km de Béni Saf, les ruines de Siga, ancienne capitale du roi Syphax, s’étendent sur un site classé de 50 hectares. Le mausolée Kerkar el Arais domine la vallée de la Tafna.

Un circuit touristique « Sur la route des volcans » valorise ce patrimoine numide.

Vestiges d’Albulae

Les éléments antiques (chapiteaux de la déesse Maura, statuette de bronze, inscriptions épigraphiques) sont conservés au musée Ahmed Zabana d’Oran. Un musée régional des périodes numide et romaine est en projet.

Thermes de Hammam Bouhadjar

Les sources thermales de Hammam Bouhadjar (antique Dracones) et son complexe hôtelier thermal attirent curistes et touristes. Zone anciennement volcanique aux vertus thérapeutiques reconnues.

Autres sites

Parc de Kaf El Ghar : grottes impressionnantes et formations rocheuses spectaculaires.

Site du traité de la Tafna : lieu historique de la signature entre l’Émir Abdelkader et Bugeaud.

7. Économie et pêche

Premier port de pêche d’Algérie

Béni Saf est le premier port de pêche d’Algérie avec 166 embarcations et une production de ~10 300 tonnes/an. Initialement conçu pour le transport de minerai de fer, il fut reconverti en 1986.

Le port de Bouzedjar complète l’activité halieutique (~11 800 tonnes/an). La wilaya dispose d’un stock pêchable de 22 138 tonnes.

Trois fermes aquacoles produisent 2 700 tonnes/an de poissons.

Industrie

La cimenterie de Béni Saf, modernisée en 2011, est l’une des plus importantes d’Algérie (3 000 tonnes/jour).

Le gazoduc Medgaz (210 km sous la Méditerranée, 2 000 m de profondeur) relie Béni Saf à Almérie (Espagne).

La centrale électrique de Terga (1 200 MW) alimente la région.

Transports

Réseau ferroviaire de 57 km reliant Aïn Témouchent à Oran. Routes nationales vers Oran, Tlemcen et Sidi Bel Abbès.

8. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
OranNord-Est81 kmEl Bahia, 2e ville d’Algérie
TlemcenOuest75 kmPerle du Maghreb
Sidi Bel AbbèsSud70 kmCapitale de la Mékerra
MéditerranéeNord80 km littoralPlages, îles, pêche

Principales villes

Aïn Témouchent : chef-lieu, antique Albulae, vignobles.

Béni Saf (~50 000 hab.) : premier port de pêche d’Algérie, cimenterie, plages.

Hammam Bouhadjar : thermes, complexe thermal.

El Malah (ex-Rio Salado) : vallée pittoresque, préhistoire.

9. Questions fréquentes

Pourquoi Aïn Témouchent est-elle appelée la « Perle de l’Oranie » ?

Aïn Témouchent doit ce surnom à sa situation privilégiée entre trois grandes villes (Oran, Tlemcen, Sidi Bel Abbès), à ses sols volcaniques d’une fertilité exceptionnelle, à ses 80 km de littoral méditerranéen et à son patrimoine historique millénaire. Elle fut également le premier bassin viticole d’Algérie coloniale avec plus de 3 millions d’hectolitres de vin produits annuellement.

Qui était le roi Syphax ?

Syphax fut le roi berbère des Massaesyles au IIIe siècle av. J.-C., dont la capitale Siga se trouvait à l’embouchure de la Tafna, dans l’actuelle wilaya d’Aïn Témouchent. Tite-Live le décrivait comme « le roi le plus riche de cette terre d’Afrique ». Son royaume englobait les deux tiers de l’Algérie actuelle. Allié à Carthage contre Rome, il fut vaincu par Massinissa et Scipion, et mourut prisonnier près de Rome. Son mausolée Kerkar el Arais surplombe l’antique Siga.

Quelles sont les plus belles plages d’Aïn Témouchent ?

La wilaya offre 80 km de littoral avec de nombreuses plages : Rachgoun (face à l’île du même nom), Madagh (eaux cristallines et criques), la plage de la Guitare (forme originale), Madrid-plage à Béni Saf, Terga, Sassel, Sbiaat et Bouzedjar. Six zones d’expansion touristique (ZET) ont été identifiées pour développer le tourisme balnéaire.

Pourquoi Béni Saf est-elle le premier port de pêche d’Algérie ?

Béni Saf s’est imposée comme le premier port de pêche d’Algérie grâce à sa flottille de 166 embarcations et une production annuelle de plus de 10 000 tonnes. Initialement conçu pour le transport du minerai de fer exploité depuis l’Antiquité, le port fut reconverti exclusivement à la pêche en 1986 suite à l’épuisement des filons. La ville dispose également d’une école de pêche et d’un aquarium.

Que signifie le nom « Aïn Témouchent » ?

Le nom « Aïn Témouchent » est d’origine arabo-berbère : « aïn » signifie « source » en arabe, et « tuccent » (ou touchent) désigne « la chacale femelle » en berbère. La traduction est donc « la Source de la Chacale ». Avant l’occupation romaine, la ville phénicienne s’appelait Sufat, puis les Romains la nommèrent Albulae (« ville blanche »), bien que les sols soient noirs (origine volcanique).

 

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