M’hamed Yazid
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

M’hamed Yazid : Le Stratège Diplomatique de la Révolution
De Bandung à l’ONU, d’Alger à Évian — parcours de l’homme qui porta la voix de l’Algérie combattante sur la scène internationale et fit de l’information une arme de guerre.
📍 Blida
🏛️ Ministre de l’Information GPRA
M’hamed Yazid (1923-2003) fut l’un des architectes de la diplomatie révolutionnaire algérienne. Représentant du FLN à l’ONU et aux États-Unis, ministre de l’Information et porte-parole du GPRA (1958-1962), il porta la cause algérienne de Bandung (1955) aux accords d’Évian (1962). Un capitaine de la wilaya IV dira de lui : « Il y a eu des moments de la guerre où M’hamed Yazid seul, avec ses communiqués et son action diplomatique, avait plus d’importance que tous nos maquis. »
La presse, voilà l’arme dont vous devez apprendre à vous servir ; elle peut soulever un monde.
Citation relevée par l’historien Charles-Robert Ageron
⭐ Jeunesse et éveil nationaliste (1923-1954)
M’hamed Yazid naît le 8 avril 1923 à Blida, ville du Sahel algérois. Il y effectue ses études jusqu’au baccalauréat au lycée Ibn Rochd (alors collège colonial), établissement qui vit passer une génération exceptionnelle de futurs dirigeants du mouvement national.
Le lycée Ibn Rochd de Blida forma une génération de nationalistes. M’hamed Yazid y côtoya :
- Abane Ramdane — futur architecte de la Révolution
- Benyoucef Benkhedda — futur président du GPRA
- Saad Dahlab — futur ministre des Affaires étrangères
- Mohamed Lamine Debaghine — futur ministre
- Ali Boumendjel — avocat, martyr de la Bataille d’Alger
Le directeur du collège lançait souvent aux élèves : « Vous êtes les couteaux que nous aiguisons contre la France ! »
L’engagement au PPA-MTLD
En 1942, M’hamed Yazid adhère au Parti du peuple algérien (PPA), parti politique fondé par Messali Hadj. De 1946 à 1947, il occupe le poste de secrétaire général des Musulmans d’Afrique du Nord, organisation étudiante nationaliste.
En 1948, les autorités coloniales françaises l’arrêtent et le condamnent à deux ans de prison pour « transport de documents suspects ». En prison, il mène des grèves de la faim. Après sa libération, il se rend en France où il représente le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).
📍 Le basculement vers le FLN
C’est en se rendant au Caire, le 27 octobre 1954 — quelques jours avant le déclenchement de la Révolution — que M’hamed Yazid adhère au FLN. Messali Hadj l’avait accusé d’avoir des liens trop étroits avec le Parti communiste français. Cette rupture le conduit vers la nouvelle organisation révolutionnaire.
🌏 L’acte de naissance diplomatique : Bandung 1955
Dès le début de l’année 1955, le FLN attache une importance capitale à la recherche d’aides extérieures. Un groupe de militants dotés de grandes potentialités est constitué : Hocine Aït Ahmed, M’hamed Yazid et Abdelkader Chanderli.
📍 La Conférence de Bandung (avril 1955)
En avril 1955, six mois seulement après le déclenchement de la lutte armée, la délégation algérienne — conduite par Hocine Aït Ahmed et M’hamed Yazid — participe à la Conférence afro-asiatique de Bandung (Indonésie), en présence de 29 chefs d’État.
Loin de jouer un rôle de simple figurant, les représentants du FLN parviennent à inscrire la question algérienne au débat. Des dirigeants comme le président indonésien Soekarno et le Premier ministre indien Nehru sont convertis à la thèse nationale.
Cette action diplomatique est « rapidement payante ». Cinq mois plus tard, le 30 septembre 1955, la question algérienne est inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée générale de l’ONU, à la demande de quinze États du groupe arabo-asiatique. C’est un camouflet pour la France — le ministre des Affaires étrangères Antoine Pinay quitte la séance avec toute la délégation française.
La diplomatie algérienne signe son acte de naissance à Bandung. Pour la première fois, l’Algérie en guerre fait entendre sa voix sur la scène internationale. L’historien Matthew Connelly parle d’une véritable « révolution diplomatique ».
🏛️ Le front de l’ONU et le lobby américain
En 1955, M’hamed Yazid est nommé représentant du FLN aux États-Unis. Avec Abdelkader Chanderli, il travaille sans relâche à l’internationalisation du conflit, contre les autorités françaises qui souhaitent le réduire à une « affaire intérieure ».
🇺🇸 Le premier lobby algérien aux États-Unis
M’hamed Yazid a le mérite de former le premier lobby algérien aux États-Unis. Par un travail constant de sensibilisation auprès des médias, des élus et de l’opinion publique américaine, il et Chanderli parviennent à rallier des soutiens de poids.
Leur plus belle victoire : le soutien du sénateur John F. Kennedy, qui s’exprime en faveur de l’indépendance de l’Algérie devant le Congrès américain le 2 juillet 1957. Ce discours marque un tournant décisif.
La victoire de décembre 1960
Après cinq années de débats, les efforts de M’hamed Yazid portent leurs fruits. Le 23 novembre 1960, avec son accord, les délégués de l’Inde et de l’Indonésie présentent un projet de résolution. Le 19 décembre 1960, l’Assemblée générale de l’ONU adopte une résolution historique reconnaissant « le droit du peuple algérien à la libre détermination et à l’indépendance ».
Il y a eu des moments de la guerre où M’hamed Yazid seul, avec ses communiqués, ses conférences de presse et son action diplomatique, avait plus d’importance que tous nos maquis !
Un capitaine de la Wilaya IV après l’indépendance
📰 Ministre de l’Information du GPRA (1958-1962)
Lors de la formation du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) en septembre 1958, M’hamed Yazid est nommé ministre de l’Information. Il devient également le porte-parole officiel du gouvernement révolutionnaire, poste qu’il tiendra jusqu’en 1962.
M’hamed Yazid avait la certitude que sans la mobilisation des médias, la lutte armée pourrait avoir des difficultés. Comme le rappela Réda Malek, directeur d’El Moudjahid : « Le FLN a expérimenté avec intensité le dicton : seule la vérité est révolutionnaire, point n’est besoin de masquer la réalité, elle est avec nous. »
Sous sa direction, le ministère de l’Information du GPRA produit notamment le film Djaizaïrouna (Notre Algérie), réalisé par Djamel Chanderli et Mohamed Lakhdar-Hamina, pour sensibiliser la communauté internationale.
Ce qui fait la force de M’hamed Yazid, c’est sa capacité à nouer le dialogue, à faire de l’information une arme de combat efficace, à conférer une crédibilité incontestable à l’action révolutionnaire. Il lie des relations étroites avec les mouvements de libération et les partis révolutionnaires du monde entier.
✍️ Les négociations d’Évian (1962)
M’hamed Yazid est l’un des négociateurs algériens des accords d’Évian, signés le 18 mars 1962 à Évian-les-Bains (Haute-Savoie, France), entre les représentants de la France et du GPRA.
M’hamed Yazid siège aux côtés de :
- Krim Belkacem — chef de la délégation
- Saad Dahlab — ministre des Affaires étrangères
- Réda Malek — porte-parole
- Tayeb Boulahrouf
- Mohamed Seddik Benyahia
Une anecdote révèle son engagement précoce : avec Benyoucef Benkhedda, M’hamed Yazid avait réussi, avant le déclenchement de la Révolution, à faire évader Ahmed Ben Bella de sa prison de Blida.
📉 Après l’indépendance : l’homme écarté
Avec l’indépendance de l’Algérie en 1962, M’hamed Yazid est progressivement écarté du pouvoir, comme nombre de dirigeants du GPRA. Le régime issu de l’armée des frontières marginalise les artisans civils de la Révolution.
📚 Une voix critique
Dans les années 1980, M’hamed Yazid dirige l’Institut National de la Stratégie Globale. Il reste une voix critique du système politique algérien.
En 2002, il déclare : « L’une des principales interdictions était de faire mention du GPRA. Il fallait effacer de la mémoire du peuple la Révolution et tous ses dirigeants. On a falsifié l’histoire. On a inventé, afin de la gérer, un passé virtuel servant les intérêts de la clique au pouvoir. »
Homme à principes, M’hamed Yazid est reconnu pour sa probité, son honnêteté intellectuelle et son objectivité dans les lectures de l’histoire. Ses sorties médiatiques nourrissent un débat fécond sur la mémoire de la Révolution.
M’hamed Yazid décède le 31 octobre 2003 à Blida, sa ville natale, où il est enterré.
📅 Dates clés
Naissance à Blida
Adhésion au PPA de Messali Hadj
Arrestation et condamnation à 2 ans de prison
Adhésion au FLN au Caire (27 octobre)
Conférence de Bandung • Représentant FLN aux USA
Ministre de l’Information du GPRA
Résolution ONU reconnaissant le droit à l’indépendance
Négociateur des accords d’Évian (18 mars)
Décès à Blida (31 octobre)
❓ Questions fréquentes sur M’hamed Yazid
Qui était M’hamed Yazid ?
M’hamed Yazid (1923-2003) était un diplomate et homme politique algérien. Né à Blida, il fut représentant du FLN aux États-Unis et à l’ONU, ministre de l’Information du GPRA (1958-1962), porte-parole officiel du gouvernement provisoire et négociateur des accords d’Évian. Il est considéré comme l’un des architectes de l’internationalisation de la cause algérienne.
Quel fut le rôle de M’hamed Yazid à la conférence de Bandung ?
En avril 1955, M’hamed Yazid participa à la conférence de Bandung (Indonésie) aux côtés de Hocine Aït Ahmed. Ils réussirent à inscrire la question algérienne au débat, convertissant des dirigeants comme Soekarno et Nehru à la cause nationale. Cette action diplomatique permit l’inscription de la question algérienne à l’ordre du jour de l’ONU dès septembre 1955.
Qu’a accompli M’hamed Yazid à l’ONU ?
En tant que représentant du FLN à New York, M’hamed Yazid forma le premier lobby algérien aux États-Unis. Il participa à plusieurs sessions de l’ONU et parvint à faire inscrire la question algérienne à l’ordre du jour. En décembre 1960, ses efforts aboutirent à l’adoption d’une résolution reconnaissant le droit du peuple algérien à l’autodétermination et à l’indépendance.
Quel rôle joua M’hamed Yazid dans les accords d’Évian ?
M’hamed Yazid fut l’un des négociateurs algériens des accords d’Évian, signés le 18 mars 1962. En tant que ministre de l’Information et porte-parole du GPRA, il participa aux pourparlers qui menèrent au cessez-le-feu et à l’indépendance de l’Algérie.
Quels liens M’hamed Yazid avait-il avec le sénateur Kennedy ?
Les efforts diplomatiques de M’hamed Yazid et d’Abdelkader Chanderli permirent de rallier le soutien du sénateur John F. Kennedy, qui s’exprima en faveur de l’indépendance de l’Algérie devant le Congrès américain le 2 juillet 1957. Après l’indépendance, M’hamed Yazid accompagna Ted Kennedy lors de sa visite en Algérie en 1966.
Que devint M’hamed Yazid après l’indépendance ?
Après 1962, M’hamed Yazid fut progressivement écarté du pouvoir. Il dirigea l’Institut National de la Stratégie Globale dans les années 1980. Critique du système politique algérien, il dénonça la falsification de l’histoire et l’effacement du GPRA de la mémoire collective. Il décéda le 31 octobre 2003 à Blida, où il fut enterré.
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