Mohamed Belouizdad
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Fiche d’identité
| Nom complet | Mohamed Belouizdad (محمد بلوزداد) |
| Pseudonyme | Si Messaoud |
| Naissance | 3 novembre 1924 à Belcourt (Alger) |
| Décès | 14 janvier 1952 (27 ans) à Paris (France) — tuberculose |
| Origine familiale | Guenzet, petite Kabylie (Sétif) |
| Profession | Traducteur au Gouvernement général |
| Parti | PPA-MTLD |
| Fonction principale | Chef de l’Organisation spéciale (OS) — 1947-1949 |
| Sépulture | Cimetière de Sidi M’hamed, Alger |
Sommaire
1. Origines et jeunesse
Mohamed Belouizdad naît le 3 novembre 1924 dans le quartier populaire de Belcourt, rue Millet, à Alger. Sa famille est originaire de Guenzet, une commune de la petite Kabylie dans la wilaya de Sétif.
Il grandit dans ce quartier mêlé d’employés européens et de travailleurs algériens venus de Kabylie et de l’Est du pays. Il est issu d’une fratrie de huit enfants — cinq frères et deux sœurs — dont plusieurs joueront un rôle dans la lutte pour l’indépendance.
Belouizdad suit l’école primaire de la rue Caussemille puis l’École primaire supérieure du Champ de manœuvre. Il obtient le Brevet supérieur, équivalent du baccalauréat de l’époque, ce qui lui permet d’accéder aux services publics. Parallèlement, il acquiert en médersa libre une solide formation en arabe, devenant ainsi parfaitement bilingue.
2. Le Comité des jeunes de Belcourt (CJB)
Dès sa prime jeunesse, Mohamed Belouizdad prend conscience de la nécessité d’agir contre le colonialisme. En 1943, à seulement 19 ans, il fonde avec d’autres jeunes militants le Comité de la jeunesse de Belcourt (CJB).
Les fondateurs du CJB
Les premiers membres fondateurs du Comité sont : Mohamed Belouizdad, Ahmed Mahsas (futur ministre), M’hamed Yousfi, Hammouda Larab et M’hamed Bacha Tazir. Ils se réunissent dans l’arrière-salle de commerces ou dans des garages du quartier.
Sur proposition de Belouizdad, le CJB est intégré comme mouvement de jeunesse au Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj. Pour lui, c’est « le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire », même s’il traverse alors une période difficile du fait de la répression coloniale.
En 1944, le Comité des jeunes de Belcourt compte déjà près de 500 membres. Les jeunes du CJB, avec l’organisation des autres jeunes d’Alger, vont insuffler un sang nouveau au PPA.
3. Les manifestations de mai 1945
Mohamed Belouizdad est l’un des organisateurs de la manifestation du 1er mai 1945 à Alger. Ce jour-là, les jeunes syndicalistes nationalistes criant « Libérez Messali ! » se font tirer dessus par les policiers français lorsque le drapeau algérien est brandi.
Activement recherché par la police, Belouizdad échappe à l’arrestation mais passe à la clandestinité. Son père et ses deux frères sont arrêtés ; sa famille est maltraitée.
Une semaine plus tard, le 8 mai 1945, les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata endeuillent l’Algérie — des dizaines de milliers de morts. Cette répression sanglante renforce chez Belouizdad la conviction que seule la lutte armée permettra d’obtenir l’indépendance.
4. La reconstruction du Constantinois
Après la répression de mai 1945, qui a décimé les structures du PPA dans l’Est algérien, Mohamed Belouizdad est envoyé dans le Nord-Constantinois comme permanent du parti.
Sous le pseudonyme de « Si Messaoud », il mène une vie clandestine, constamment traqué par la police coloniale. Pendant deux années, il sillonne toute la région orientale : Constantine, Annaba, Skikda, Souk Ahras, Biskra, Batna, Khenchela, Mila, Jijel, Guelma, El Khroub…
Il réussit non seulement à restaurer l’organisation démantelée, mais à constituer de nouveaux noyaux là où il n’en existait pas. Sous sa direction, les cellules se reconstituent lentement mais sûrement.
5. La création de l’Organisation spéciale (1947)
C’est à Constantine, en agissant dans la plus rigoureuse clandestinité, que Mohamed Belouizdad opte définitivement pour l’idée d’une organisation paramilitaire.
Lors du congrès clandestin du PPA-MTLD des 15-16 février 1947, il participe, à la tête de la délégation constantinoise, à une décision historique : la création de l’Organisation spéciale (OS).
La naissance de l’OS
L’Organisation spéciale est officiellement fondée le 15 février 1947. C’est le bras armé clandestin du MTLD, chargé de dispenser une instruction militaire aux jeunes recrues, d’acheter des armes et de préparer les militants à la lutte armée. Cette date sera retenue en 1992 pour instaurer la « Journée nationale du Chahid ».
Belouizdad a réussi, avec d’autres militants comme Hocine Aït Ahmed, à faire admettre la nécessité de créer cette aile paramilitaire. Il savait qu’il était le dépositaire des exigences de la base et de la population.
6. Premier chef de l’Organisation spéciale
Mohamed Belouizdad est désigné premier responsable de l’OS et devient membre du Bureau politique du PPA-MTLD. Il doit assurer la liaison entre l’OS et la direction politique du parti.
Le 13 novembre 1947, dans l’immeuble où il se cache à Kouba (Est d’Alger), se tient la première réunion des huit membres de l’État-major de l’OS.
Le premier État-major de l’OS
Mohamed Belouizdad — coordinateur et chef d’État-major
Belhadj Djilali — responsable militaire
Hocine Aït Ahmed — responsable politique et Kabylie
Ahmed Ben Bella — responsable de l’Oranie
Mohamed Boudiaf — responsable du Constantinois
Mohamed Maroc — responsable de l’Algérois
Djilali Reguini — responsable d’Alger-Métidja
Belouizdad met sur pied son État-major, constitué d’éléments sélectionnés rigoureusement. Il œuvre avec pédagogie à expliquer les objectifs assignés à l’OS et ce qui attend chacun de ses éléments après leur engagement sur cette voie.
7. Les principes de Belouizdad
Lorsqu’il met en place les structures de l’Organisation spéciale, Mohamed Belouizdad applique des principes cardinaux : la confiance et le secret.
D’emblée, il décide d’appliquer une étanchéité totale entre l’OS clandestine et l’organisation légale mère (PPA-MTLD). Cette séparation stricte protège l’organisation paramilitaire des infiltrations policières.
Selon Aït Ahmed, lorsque Belouizdad était encore jeune employé au Gouvernement général, il avait animé des cellules du parti à Belcourt et transmis à la direction de nombreux documents secrets et des informations précieuses.
8. La passation à Aït Ahmed
Mohamed Belouizdad s’est dépensé sans compter pour l’OS, au détriment d’une santé de plus en plus fragile. Atteint de tuberculose, il finit par devoir céder sa place.
Vers fin 1947, il passe la direction de l’OS à son adjoint Hocine Aït Ahmed, alors âgé de 21 ans. Ce dernier dirigera l’organisation jusqu’à sa découverte par la police française en 1950.
Malgré sa maladie, Belouizdad poursuit son activité militante. En parallèle de l’OS, il lance à partir du congrès de février 1947 la Commission des Affaires sociales et syndicales du MTLD, qui pousse à la formation de noyaux nationalistes à l’intérieur de la CGT.
9. La maladie et la mort
Comme la tuberculose s’aggrave, Mohamed Belouizdad est contraint de partir se soigner en France. En décembre 1949, il est hospitalisé à l’hôpital franco-musulman de Bobigny (Paris), puis transféré au sanatorium de Bruyères.
Le 14 janvier 1952, Mohamed Belouizdad s’éteint à Paris, emporté par la maladie. Il a seulement 27 ans.
Obsèques nationales
Le PPA-MTLD organise des obsèques nationales pour Mohamed Belouizdad. Son corps est rapatrié à Alger où il repose au cimetière de Sidi M’hamed, dans le quartier populaire de Belcourt qui portera son nom après l’indépendance.
Il n’a pas pu voir le déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954 qu’il avait tant préparée — lui qui était prédestiné à son organisation et à sa structuration.
10. Une famille au service de l’Algérie
La famille Belouizdad s’est consacrée entièrement pour l’Algérie. Parmi les frères et sœurs de Mohamed :
- Othmane Belouizdad (1929-2022) — Médecin, membre de l’OS puis membre du Groupe des 22 du CRUA qui planifie le déclenchement de la Révolution. Il sera le dernier survivant de ce groupe historique jusqu’à sa mort en janvier 2022.
- Dr Mustapha Belouizdad — Médecin engagé dans le mouvement national
- Sahnoune Belouizdad — Militant mort sous la torture à la prison d’El Harrach
Othmane Belouizdad et les 22
Othmane rejoint l’OS en 1949, sous la direction de son frère aîné. En juin 1954, il participe à la réunion des 22 dans la villa de Lyès Derriche au Clos-Salembier (El Madania), qui décide de la « Révolution illimitée jusqu’à l’indépendance totale ». Arrêté le 7 novembre 1954, il est torturé puis emprisonné en Algérie et en France jusqu’en 1962.
11. Héritage et postérité
Mohamed Belouizdad est considéré comme le précurseur de la lutte armée algérienne. Son travail de fond dans l’Est algérien et la création de l’OS ont préparé le terrain pour la Révolution de 1954.
Le militant Abdesselam Habbachi l’a comparé à Ernesto « Che » Guevara pour son abnégation à toute épreuve. Ce n’est pas un hasard si les « Cinq historiques » — Mohamed Boudiaf, Mourad Didouche, Larbi Ben M’hidi, Mostefa Ben Boulaïd et Rabah Bitat — ont servi sous ses ordres quand il réorganisait le parti à Constantine.
Après l’indépendance, le quartier algérois de Belcourt où il est né a été rebaptisé « Belouizdad » en son honneur. Le club de football du quartier, le CR Belouizdad (ancien Chabab Belcourt), porte également son nom.
En 2023, un film intitulé « Mohamed Belouizdad — Épopée des hommes de l’ombre », réalisé par Rachid Ben Hadj, retrace son parcours exceptionnel.
Chronologie
Les dates clés
12. Questions fréquentes
Sources
- Wikipédia : Mohamed Belouizdad, Organisation spéciale (Algérie)
- Maitron : « Belouizdad Mohammed », Dictionnaire Algérie, par René Gallissot
- Hocine Aït Ahmed : Mémoires d’un combattant, l’esprit d’indépendance 1942-1952
- Benyoucef Ben Khedda : Les Origines du 1er novembre 1954
- Abdesselam Habbachi : Du mouvement national à l’indépendance : itinéraire d’un militant, Casbah Éditions, 2008
- APS : « Mohamed Belouizdad, premier chef et l’âme même de l’OS », 15 février 2022
- El Watan : « Décès de Othmane Belouizdad », janvier 2022
- Yves Courrière : La guerre d’Algérie, Fayard, 2001
Hocine Aït Ahmed •
Mohamed Boudiaf •
Ahmed Ben Bella •
Mostefa Ben Boulaïd •
Larbi Ben M’hidi •
Mourad Didouche •
Messali Hadj •






































































































































































































































































































































































































































































































































































































