#Personnalités algériennes

Mohamed Belouizdad

Mohamed Belouizdad (1924-1952), surnommé « Si Messaoud », est l’une des figures les plus marquantes du mouvement national algérien. Fondateur et premier responsable de l’Organisation spéciale (OS) en 1947, il est considéré comme le précurseur de la lutte armée pour l’indépendance. Emporté par la tuberculose à seulement 27 ans, il n’a pas pu voir le déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954 qu’il avait tant préparée. Le quartier de Belcourt où il est né porte aujourd’hui son nom.

Fiche d’identité

Nom completMohamed Belouizdad (محمد بلوزداد)
PseudonymeSi Messaoud
Naissance3 novembre 1924 à Belcourt (Alger)
Décès14 janvier 1952 (27 ans) à Paris (France) — tuberculose
Origine familialeGuenzet, petite Kabylie (Sétif)
ProfessionTraducteur au Gouvernement général
PartiPPA-MTLD
Fonction principaleChef de l’Organisation spéciale (OS) — 1947-1949
SépultureCimetière de Sidi M’hamed, Alger

1. Origines et jeunesse

Mohamed Belouizdad naît le 3 novembre 1924 dans le quartier populaire de Belcourt, rue Millet, à Alger. Sa famille est originaire de Guenzet, une commune de la petite Kabylie dans la wilaya de Sétif.

Il grandit dans ce quartier mêlé d’employés européens et de travailleurs algériens venus de Kabylie et de l’Est du pays. Il est issu d’une fratrie de huit enfants — cinq frères et deux sœurs — dont plusieurs joueront un rôle dans la lutte pour l’indépendance.

Belouizdad suit l’école primaire de la rue Caussemille puis l’École primaire supérieure du Champ de manœuvre. Il obtient le Brevet supérieur, équivalent du baccalauréat de l’époque, ce qui lui permet d’accéder aux services publics. Parallèlement, il acquiert en médersa libre une solide formation en arabe, devenant ainsi parfaitement bilingue.

2. Le Comité des jeunes de Belcourt (CJB)

Dès sa prime jeunesse, Mohamed Belouizdad prend conscience de la nécessité d’agir contre le colonialisme. En 1943, à seulement 19 ans, il fonde avec d’autres jeunes militants le Comité de la jeunesse de Belcourt (CJB).

Les fondateurs du CJB

Les premiers membres fondateurs du Comité sont : Mohamed Belouizdad, Ahmed Mahsas (futur ministre), M’hamed Yousfi, Hammouda Larab et M’hamed Bacha Tazir. Ils se réunissent dans l’arrière-salle de commerces ou dans des garages du quartier.

Sur proposition de Belouizdad, le CJB est intégré comme mouvement de jeunesse au Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj. Pour lui, c’est « le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire », même s’il traverse alors une période difficile du fait de la répression coloniale.

En 1944, le Comité des jeunes de Belcourt compte déjà près de 500 membres. Les jeunes du CJB, avec l’organisation des autres jeunes d’Alger, vont insuffler un sang nouveau au PPA.

3. Les manifestations de mai 1945

Mohamed Belouizdad est l’un des organisateurs de la manifestation du 1er mai 1945 à Alger. Ce jour-là, les jeunes syndicalistes nationalistes criant « Libérez Messali ! » se font tirer dessus par les policiers français lorsque le drapeau algérien est brandi.

Activement recherché par la police, Belouizdad échappe à l’arrestation mais passe à la clandestinité. Son père et ses deux frères sont arrêtés ; sa famille est maltraitée.

Une semaine plus tard, le 8 mai 1945, les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata endeuillent l’Algérie — des dizaines de milliers de morts. Cette répression sanglante renforce chez Belouizdad la conviction que seule la lutte armée permettra d’obtenir l’indépendance.

4. La reconstruction du Constantinois

Après la répression de mai 1945, qui a décimé les structures du PPA dans l’Est algérien, Mohamed Belouizdad est envoyé dans le Nord-Constantinois comme permanent du parti.

Sous le pseudonyme de « Si Messaoud », il mène une vie clandestine, constamment traqué par la police coloniale. Pendant deux années, il sillonne toute la région orientale : Constantine, Annaba, Skikda, Souk Ahras, Biskra, Batna, Khenchela, Mila, Jijel, Guelma, El Khroub…

« De mon point de vue, l’extrême radicalité avec laquelle la région orientale du pays entra dans la guerre de Libération tient beaucoup au travail en profondeur que cet homme a mené sans relâche. »
— Abdesselam Habbachi

Il réussit non seulement à restaurer l’organisation démantelée, mais à constituer de nouveaux noyaux là où il n’en existait pas. Sous sa direction, les cellules se reconstituent lentement mais sûrement.

5. La création de l’Organisation spéciale (1947)

C’est à Constantine, en agissant dans la plus rigoureuse clandestinité, que Mohamed Belouizdad opte définitivement pour l’idée d’une organisation paramilitaire.

Lors du congrès clandestin du PPA-MTLD des 15-16 février 1947, il participe, à la tête de la délégation constantinoise, à une décision historique : la création de l’Organisation spéciale (OS).

La naissance de l’OS

L’Organisation spéciale est officiellement fondée le 15 février 1947. C’est le bras armé clandestin du MTLD, chargé de dispenser une instruction militaire aux jeunes recrues, d’acheter des armes et de préparer les militants à la lutte armée. Cette date sera retenue en 1992 pour instaurer la « Journée nationale du Chahid ».

Belouizdad a réussi, avec d’autres militants comme Hocine Aït Ahmed, à faire admettre la nécessité de créer cette aile paramilitaire. Il savait qu’il était le dépositaire des exigences de la base et de la population.

6. Premier chef de l’Organisation spéciale

Mohamed Belouizdad est désigné premier responsable de l’OS et devient membre du Bureau politique du PPA-MTLD. Il doit assurer la liaison entre l’OS et la direction politique du parti.

Le 13 novembre 1947, dans l’immeuble où il se cache à Kouba (Est d’Alger), se tient la première réunion des huit membres de l’État-major de l’OS.

Le premier État-major de l’OS

Mohamed Belouizdad — coordinateur et chef d’État-major
Belhadj Djilali — responsable militaire
Hocine Aït Ahmed — responsable politique et Kabylie
Ahmed Ben Bella — responsable de l’Oranie
Mohamed Boudiaf — responsable du Constantinois
Mohamed Maroc — responsable de l’Algérois
Djilali Reguini — responsable d’Alger-Métidja

Belouizdad met sur pied son État-major, constitué d’éléments sélectionnés rigoureusement. Il œuvre avec pédagogie à expliquer les objectifs assignés à l’OS et ce qui attend chacun de ses éléments après leur engagement sur cette voie.

7. Les principes de Belouizdad

Lorsqu’il met en place les structures de l’Organisation spéciale, Mohamed Belouizdad applique des principes cardinaux : la confiance et le secret.

D’emblée, il décide d’appliquer une étanchéité totale entre l’OS clandestine et l’organisation légale mère (PPA-MTLD). Cette séparation stricte protège l’organisation paramilitaire des infiltrations policières.

« Mohamed Belouizdad possédait une culture remarquable, dont il ne faisait pas étalage, ne la révélant que dans des interventions rarissimes mais d’une sobriété et d’une clarté peu commune. Il ne se plaignait jamais de son mal, il ne départait jamais de son calme. Sa réserve n’était nullement indifférence mais humble et bienveillante attention. »
Hocine Aït Ahmed, Mémoires d’un combattant

Selon Aït Ahmed, lorsque Belouizdad était encore jeune employé au Gouvernement général, il avait animé des cellules du parti à Belcourt et transmis à la direction de nombreux documents secrets et des informations précieuses.

8. La passation à Aït Ahmed

Mohamed Belouizdad s’est dépensé sans compter pour l’OS, au détriment d’une santé de plus en plus fragile. Atteint de tuberculose, il finit par devoir céder sa place.

Vers fin 1947, il passe la direction de l’OS à son adjoint Hocine Aït Ahmed, alors âgé de 21 ans. Ce dernier dirigera l’organisation jusqu’à sa découverte par la police française en 1950.

Malgré sa maladie, Belouizdad poursuit son activité militante. En parallèle de l’OS, il lance à partir du congrès de février 1947 la Commission des Affaires sociales et syndicales du MTLD, qui pousse à la formation de noyaux nationalistes à l’intérieur de la CGT.

9. La maladie et la mort

Comme la tuberculose s’aggrave, Mohamed Belouizdad est contraint de partir se soigner en France. En décembre 1949, il est hospitalisé à l’hôpital franco-musulman de Bobigny (Paris), puis transféré au sanatorium de Bruyères.

Le 14 janvier 1952, Mohamed Belouizdad s’éteint à Paris, emporté par la maladie. Il a seulement 27 ans.

Obsèques nationales

Le PPA-MTLD organise des obsèques nationales pour Mohamed Belouizdad. Son corps est rapatrié à Alger où il repose au cimetière de Sidi M’hamed, dans le quartier populaire de Belcourt qui portera son nom après l’indépendance.

Il n’a pas pu voir le déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954 qu’il avait tant préparée — lui qui était prédestiné à son organisation et à sa structuration.

10. Une famille au service de l’Algérie

La famille Belouizdad s’est consacrée entièrement pour l’Algérie. Parmi les frères et sœurs de Mohamed :

  • Othmane Belouizdad (1929-2022) — Médecin, membre de l’OS puis membre du Groupe des 22 du CRUA qui planifie le déclenchement de la Révolution. Il sera le dernier survivant de ce groupe historique jusqu’à sa mort en janvier 2022.
  • Dr Mustapha Belouizdad — Médecin engagé dans le mouvement national
  • Sahnoune Belouizdad — Militant mort sous la torture à la prison d’El Harrach

Othmane Belouizdad et les 22

Othmane rejoint l’OS en 1949, sous la direction de son frère aîné. En juin 1954, il participe à la réunion des 22 dans la villa de Lyès Derriche au Clos-Salembier (El Madania), qui décide de la « Révolution illimitée jusqu’à l’indépendance totale ». Arrêté le 7 novembre 1954, il est torturé puis emprisonné en Algérie et en France jusqu’en 1962.

11. Héritage et postérité

Mohamed Belouizdad est considéré comme le précurseur de la lutte armée algérienne. Son travail de fond dans l’Est algérien et la création de l’OS ont préparé le terrain pour la Révolution de 1954.

« D’origine plébéienne, il devait ses manières raffinées d’aristocrate à son sens des responsabilités et à son flegme. »

Le militant Abdesselam Habbachi l’a comparé à Ernesto « Che » Guevara pour son abnégation à toute épreuve. Ce n’est pas un hasard si les « Cinq historiques » — Mohamed Boudiaf, Mourad Didouche, Larbi Ben M’hidi, Mostefa Ben Boulaïd et Rabah Bitat — ont servi sous ses ordres quand il réorganisait le parti à Constantine.

Après l’indépendance, le quartier algérois de Belcourt où il est né a été rebaptisé « Belouizdad » en son honneur. Le club de football du quartier, le CR Belouizdad (ancien Chabab Belcourt), porte également son nom.

En 2023, un film intitulé « Mohamed Belouizdad — Épopée des hommes de l’ombre », réalisé par Rachid Ben Hadj, retrace son parcours exceptionnel.

Chronologie

Les dates clés

3 nov. 1924Naissance à Belcourt (Alger)
1943Fondation du Comité des jeunes de Belcourt (CJB)
1944Traducteur au Gouvernement général — 500 membres au CJB
1er mai 1945Organisateur de la manifestation d’Alger — passage à la clandestinité
1945-1947Reconstruction du PPA dans le Nord-Constantinois
15-16 fév. 1947Congrès du PPA-MTLD — création de l’Organisation spéciale (OS)
Fév. 1947Membre du Bureau politique du MTLD
13 nov. 1947Première réunion de l’État-major de l’OS à Kouba
Fin 1947Passation de la direction de l’OS à Hocine Aït Ahmed
Déc. 1949Hospitalisation à Bobigny (Paris) — tuberculose
14 janv. 1952Décès à Paris — obsèques nationales à Alger
1962Belcourt rebaptisé « Belouizdad » en son honneur

12. Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’Organisation spéciale (OS) ?
L’Organisation spéciale était le bras armé clandestin du MTLD, fondé le 15 février 1947. Sa mission était de dispenser une instruction militaire aux militants, d’acheter des armes et de préparer la lutte armée pour l’indépendance. Mohamed Belouizdad en fut le premier responsable.
Pourquoi Mohamed Belouizdad est-il surnommé le « Che Guevara algérien » ?
Le militant Abdesselam Habbachi a comparé Mohamed Belouizdad au Che pour son abnégation totale à la cause révolutionnaire, son idéalisme, son sens du sacrifice et sa mort prématurée. Comme Guevara, il a donné sa vie pour ses idéaux de libération.
De quelle maladie est mort Mohamed Belouizdad ?
Mohamed Belouizdad est mort de la tuberculose le 14 janvier 1952 à Paris, à l’âge de 27 ans. La maladie l’avait contraint à quitter la direction de l’OS dès fin 1947 et à se faire soigner en France à partir de 1949.
Qui a succédé à Belouizdad à la tête de l’OS ?
Hocine Aït Ahmed, alors âgé de 21 ans, a pris la direction de l’OS fin 1947 en remplacement de Belouizdad, gravement malade. Il dirigera l’organisation jusqu’à sa découverte par la police française en 1950.
Quel est le lien entre Mohamed Belouizdad et le Groupe des 22 ?
Mohamed Belouizdad est mort en 1952, deux ans avant la réunion du Groupe des 22 (juin 1954). Cependant, son frère cadet Othmane Belouizdad, qui avait rejoint l’OS en 1949 sous sa direction, faisait partie de ce groupe historique et en fut le dernier survivant jusqu’en 2022.
Pourquoi le quartier de Belcourt s’appelle-t-il maintenant Belouizdad ?
Après l’indépendance en 1962, le quartier algérois de Belcourt où Mohamed Belouizdad est né et a grandi a été rebaptisé « Belouizdad » en hommage à ce précurseur de la lutte armée. Le club de football CR Belouizdad porte également son nom.

Sources

  • Wikipédia : Mohamed Belouizdad, Organisation spéciale (Algérie)
  • Maitron : « Belouizdad Mohammed », Dictionnaire Algérie, par René Gallissot
  • Hocine Aït Ahmed : Mémoires d’un combattant, l’esprit d’indépendance 1942-1952
  • Benyoucef Ben Khedda : Les Origines du 1er novembre 1954
  • Abdesselam Habbachi : Du mouvement national à l’indépendance : itinéraire d’un militant, Casbah Éditions, 2008
  • APS : « Mohamed Belouizdad, premier chef et l’âme même de l’OS », 15 février 2022
  • El Watan : « Décès de Othmane Belouizdad », janvier 2022
  • Yves Courrière : La guerre d’Algérie, Fayard, 2001

Mohamed Belouizdad

Cheikh El Mokrani

Mohamed Belouizdad

Taleb Abderrahmane

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *