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Baaziz : chanteur algérien

 

L’Impertinence au Service de la Liberté

Baaziz

Abdelaziz Bakhti • La Voix de l’Algérie qui ne se tait pas

Poète au vitriol et guitariste folk, Baaziz a dynamité les codes de la chanson algérienne. Entre rire jaune et mélancolie, il a su raconter les espoirs d’une jeunesse brisée avec une audace qui lui a valu l’adoubement des plus grands.

🎵 Chanson Satirique • Folk-Rock
📍 Cherchell • Alger • Paris
🎸 Le Renaud Algérien

🕶️ Fiche Technique de l’Électron Libre
🎂
Naissance
1963
Cherchell, Algérie
🎤
Style
Satire sociale
Engagement pur
🎸
Instrument
Guitare acoustique
Country-Algérien
💿
Succès
Algeria
Hymne d’une époque
🤝
Fraternité
Renaud
Éclats de révolte

Baaziz est le miroir déformant, mais terriblement juste, de la société algérienne post-indépendance. Né à Cherchell, ce trublion magnifique a su extraire la musique chaâbi de ses cadres traditionnels pour lui injecter le mordant du punk et la simplicité du folk. Contemporain de la décennie noire, il a été l’un des rares à utiliser le rire comme une arme de résistance massive, dénonçant la corruption, l’exil forcé et l’obscurantisme avec une liberté de ton qui reste, aujourd’hui encore, inégalée dans la ville d’Alger et au-delà.

« 

Si chanter la vérité est un crime, alors je suis un criminel de naissance. Ma guitare ne sait pas mentir, elle n’a pas appris la langue de bois.

— Baaziz

🌊
Cherchell : L’éveil d’un gamin irrévérencieux

Abdelaziz Bakhti naît en 1963 à Cherchell, cité millénaire ouverte sur la mer. Il grandit dans une Algérie qui savoure son indépendance tout en voyant apparaître ses premières fissures. Issu d’un milieu où la gouaille est une seconde nature, le jeune « Aziz » se passionne pour la guitare dès son enfance, s’inspirant des balbutiements du rock qui arrivent d’Europe.

Contrairement aux interprètes classiques qui cherchaient la perfection vocale, Baaziz cherche la percussion du mot. Il comprend très tôt que la langue populaire, la Dardja, est le meilleur vecteur pour raconter la vie. Il commence à animer des fêtes locales, se faisant déjà remarquer par ses détournements parodiques de chansons célèbres, préfigurant son futur rôle de « bouffon du roi » au sens noble du terme.

🎸 Une école d’autodidacte

Baaziz ne sort d’aucun conservatoire. Sa guitare a été son seul professeur. Il a appris à gratter les cordes en écoutant les ondes courtes, mélangeant les accords de country-folk avec les mélismes oranais.

🎭
L’entrée sur scène : La satire comme ADN

À la fin des années 80, l’Algérie connaît une ouverture politique sans précédent. C’est dans cette brèche que Baaziz s’engouffre. En 1989, il sort son premier album, Ya Hasra âlik ya denia, qui rencontre un succès immédiat. Mais c’est sa capacité à traiter des sujets « brûlants » qui le propulse sur le devant de la scène.

Il chante les déboires amoureux (Ezzwadj), la mal-vie urbaine et surtout la politique. Ses chansons sont des chroniques de l’Algérie qui gronde. Contrairement à Matoub Lounès qui portait une révolte tragique, Baaziz choisit le décalage et l’ironie mordante. Il devient « l’interprète de la dérision », celui qui permet aux Algériens de rire de leurs propres malheurs.

📀
« Algeria » : Le cri d’une nation blessée

Pendant les années 90, alors que l’Algérie traverse sa période la plus sombre, Baaziz refuse de se taire. En 1994, il enregistre « Algeria », une chanson d’une puissance émotionnelle rare qui capture le désarroi de toute une nation prise en étau. Ce titre devient l’hymne de la résilience algérienne.

Il ose s’attaquer aux responsables du chaos, qu’ils soient politiques ou religieux. Sa chanson Wally Wally dénonce l’hypocrisie et les faux-semblants de la société. Baaziz devient un artiste « censuré » par les médias officiels, mais adoré par le peuple. Ses cassettes s’échangent comme des manifestes de liberté sous le manteau, consolidant son statut d’icône rebelle.

📻

Le chanteur des interdits

Baaziz a été l’un des premiers à chanter ouvertement sur la consommation d’alcool, le chômage de masse et les visas impossibles, brisant les tabous de la télévision d’État des années 90.

🤝
L’alliance avec Renaud : Deux rebelles, une même voix

Au début des années 2000, installé en France, Baaziz fait une rencontre majeure : celle du chanteur Renaud. Les deux hommes se reconnaissent immédiatement : même haine de l’injustice, même amour pour les marginaux et même sens de la provocation salutaire. En 2003, ils enregistrent ensemble « C’est notre destin », une adaptation magistrale d’Hexagone de Renaud, transposée à la réalité algérienne.

Cette collaboration donne à Baaziz une visibilité internationale. Il tourne avec Renaud, remplit l’Olympia et devient l’ambassadeur de cette Algérie qui ne veut pas mourir. Il prouve que la satire algérienne possède une dimension universelle. Renaud dira de lui : « Baaziz, c’est mon frère d’armes, il a le courage que j’aimerais avoir tous les jours. »

🎻
Le « Style Baaziz » : Quand le folk devient algérien

Musicalement, Baaziz a créé un genre hybride. Il refuse les orchestrations lourdes de la variété citadine pour privilégier la guitare acoustique et le dépouillement. Son style est souvent qualifié de « Country-Algérien » ou de « Folk-Raï ». Il utilise les rythmes de l’Oranie, mais les joue avec le doigté d’un rocker folk américain.

Son génie réside dans l’usage de la langue : il mélange le français et l’arabe avec une fluidité déconcertante, créant une sorte de « Franglais » à l’algérienne qui colle parfaitement à l’identité de la diaspora. Il a influencé toute la scène alternative, d’Rachid Taha à Gnawa Diffusion, en montrant que l’on pouvait être viscéralement algérien tout en étant un citoyen du monde musical.

🏛️
Un héritage de liberté et de vérité crue

Toujours actif et présent, Baaziz reste la référence ultime de la chanson engagée. Il continue de produire des titres qui font mouche, réagissant à l’actualité avec une célérité de journaliste. Son héritage ne se mesure pas en disques d’or, mais en sourires complices sur le visage des Algériens qui l’écoutent.

Il a ouvert la voie à toute une génération de Youtubeurs et de créateurs de contenus qui utilisent aujourd’hui la dérision pour critiquer le système. Baaziz n’a pas seulement chanté, il a libéré la parole. Pour l’Algérie, il restera l’homme qui a fait rire pour ne pas pleurer, prouvant que la plus grande des sagesses est de ne jamais se prendre au sérieux, surtout quand on chante des choses graves.

📀 Les albums et titres incontournables
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Algeria (1994) : L’album du sacre populaire et de la résistance.
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Dor biha ya chibani (1998) : Une démonstration de son talent de satiriste social.
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Café de l’indépendance (2004) : L’album de la maturité et de la fusion.


Questions fréquentes

Baaziz est-il un chanteur de Raï ?

Pas au sens strict. Bien qu’il utilise les codes et les rythmes de l’Oranie, son style est beaucoup plus proche de la chanson à texte satirique et du folk-rock. Il se définit lui-même comme un artiste hors-piste.

D’où vient son pseudonyme ?

Baaziz est le diminutif affectueux de son prénom, Abdelaziz. C’est sous ce nom court et percutant qu’il a choisi de faire carrière, marquant sa proximité avec le « petit peuple » algérien.

Est-il kabyle ?

Baaziz est né à Cherchell, une région principalement arabophone, mais il possède des racines plurielles et a toujours défendu la culture amazighe. Il chante d’ailleurs plusieurs titres en kabyle en hommage à cet héritage.

Où vit-il aujourd’hui ?

Baaziz partage sa vie entre la France et l’Algérie. Il reste très vigilant sur l’actualité de son pays et continue de produire des vidéos satiriques et des chansons engagées sur les réseaux sociaux.

« La liberté, c’est comme la santé : on s’aperçoit qu’on l’a quand on commence à la perdre. »

— Baaziz, L’esprit libre d’Algérie

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