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Tayeb Djeghlali

🇩🇿 Révolution Algérienne • Wilaya VI

Colonel Tayeb Djeghlali : L’Intellectuel Combattant de la Wilaya VI

Biographie complète de Tayeb Bougasmi dit Si Tayeb (1916-1959), enseignant coranique, militant du mouvement national et colonel de l’ALN, tombé en martyr avant même de prendre son commandement.

📅 1916 – 29 juillet 1959
📍 El-Omaria (Médéa)
⭐ Colonel ALN • Wilaya VI

⭐ Fiche d’identité
Colonel Tayeb Djeghlali
الطيب جغلالي — Tayeb Bougasmi dit Si Tayeb
Naissance
1916 • El-Omaria (Médéa)
Martyre
29 juillet 1959 • Djebel Ghaïgaa
Grade
Colonel de l’ALN
Fonction
Commandant Wilaya VI

Dans la mémoire de la région de Médéa, le Colonel Tayeb Djeghlali — de son vrai nom Tayeb Bougasmi — incarne à la fois le combattant intrépide et l’intellectuel épris de savoir. Enseignant dans les écoles coraniques, militant du mouvement national dès 1937, organisateur des maquis de la Zone 2 de la Wilaya IV, il fut nommé colonel et commandant de la Wilaya VI pour succéder au légendaire Colonel Si El Haouès. Le destin voulut qu’il tombe au champ d’honneur le 29 juillet 1959, avant même de rejoindre son nouveau poste. Sa famille comptera quinze martyrs.

🏛️ Origines et formation (1916-1937)

Naissance dans le Titteri

Tayeb Bougasmi — plus connu sous son nom de guerre Si Tayeb Djoughlali (ou Djeghlali, El-Djoughlali) — naît en 1916 à Ouled Torki, dans la fraction des Bénti-Bouyagoub, au sein de la commune d’El-Omaria (ex-Champlain), à une quarantaine de kilomètres à l’est de Médéa.

Il grandit au sein d’une famille rurale de condition modeste, dans cette région montagneuse du Titteri où les écoles coraniques constituent souvent le seul accès au savoir pour la population algérienne.

L’école coranique et la passion du savoir

Le jeune Tayeb est initié aux préceptes du Coran sous la houlette du Cheikh Rabah Alili (selon certaines sources, Ben Brahim Soualmi). Cette formation traditionnelle va marquer profondément sa personnalité : il développe une véritable passion pour la lecture et le savoir.

📚 Un intellectuel autodidacte

Selon le témoignage de son fils Mohamed Bougasmi, Si Tayeb avait constitué sa propre bibliothèque contenant des dizaines d’ouvrages traitant de différents sujets. Cette bibliothèque sera incendiée par l’armée coloniale après le déclenchement de la révolution, dans le cadre des représailles contre sa famille.

Devenu lui-même enseignant, Si Tayeb consacre plusieurs années à apprendre à lire et à écrire aux enfants des villages d’El-Omaria, de Benchicao et de Sidi-Naamane. Pour lui, l’instruction était « l’unique moyen de lutter contre la politique d’aliénation pratiquée par l’occupant ».

« Si Tayeb a toujours accordé une grande importance à l’instruction et à l’éducation des enfants. Il m’incitait, dès mon enfance, à apprendre et à fréquenter les écoles coraniques, seul lieu de savoir accessible à l’époque aux Algériens. »

Mohamed Bougasmi

Fils du Colonel Tayeb Djeghlali

✊ Militant du mouvement national

En 1937, Tayeb Bougasmi rejoint le mouvement national. À vingt-et-un ans, il s’engage dans la lutte politique et devient rapidement responsable de l’organisation des cellules politiques dans la région de Médéa.

Le refus de l’enrôlement (1939-1945)

Fervent opposant à la présence coloniale, Si Tayeb pose un acte de résistance majeur pendant la Seconde Guerre mondiale : il refuse son incorporation forcée dans les troupes coloniales qui devaient être envoyées sur le front européen.

⚔️ Un acte de défi

Pour éviter la conscription, Si Tayeb entre dans une semi-clandestinité. Il justifie son refus en estimant que « la cause défendue n’était pas la sienne et que la libération du pays était prioritaire ». Ce choix le met en conflit ouvert avec les autorités militaires françaises.

Le sabotage des élections de 1948

Si Tayeb s’illustre particulièrement lors des élections de l’Assemblée algérienne de 1948, ces élections tristement célèbres pour leurs fraudes massives organisées par l’administration coloniale.

Selon son fils, « Si Tayeb a mené plusieurs actes de sabotage pour perturber le déroulement de ce scrutin et montrer ainsi sa détermination à faire avorter cette tentative de mettre au pas la population algérienne ».

Ces activités subversives attirent l’attention des autorités coloniales. Lorsque l’administration française découvre ses activités politiques, Si Tayeb est arrêté et expulsé de la région pour une durée de quatre ans.

🏔️ La clandestinité et la prison

Activement recherché par les autorités coloniales après les événements de 1948, Si Tayeb choisit de vivre dans la clandestinité dans les maquis d’El-Omaria durant près de quatre années, se déplaçant d’un refuge à un autre.

📋 Chronologie de la répression

  • 🏃
    1948-1952 : Clandestinité dans les maquis d’El-Omaria
  • ⛓️
    1952 : Arrestation et emprisonnement
  • 🔓
    Libération après avoir purgé sa peine
  • ⛓️
    1953 : Nouvelle incarcération

Durant cette période de clandestinité, Si Tayeb a l’occasion de côtoyer d’autres militants du MTLD et membres de l’Organisation Spéciale (OS), notamment Didouche Mourad, Ben M’hal et Lakhdar Rebbah, qui trouvent refuge dans sa famille en 1952.

🔥 Le déclenchement de la révolution

Les contacts avec Souidani Boudjemaa et Didouche Mourad

En prélude au déclenchement de la guerre de libération nationale, les contacts de Si Tayeb avec les martyrs Souidani Boudjemaa et Mourad Didouche se multiplient et deviennent réguliers.

🔗 Un réseau clandestin

Selon le témoignage de Mohamed Bougasmi, un certain Zoubir, établi à Berrouaghia (commune voisine), servait d’agent de liaison entre les deux chefs venus d’Alger et Si Tayeb. Ce réseau clandestin permettait la préparation de l’insurrection armée dans la future Zone 2 de la Wilaya IV historique.

Organisation des maquis

Chargé par le FLN de collecter de l’argent et des armes, de recruter de jeunes combattants et d’encadrer la population, Si Tayeb s’attelle avec l’aide d’anciens militants à organiser les maquis de la région.

Parmi ses compagnons figurent Si Benyoucef Kritli et Rachid Ben Sid-Oumou, militants infatigables de la cause nationale. Ensemble, ils mettent sur pied la première cellule combattante de la région, en perspective des missions à venir.

Les représailles contre sa famille

L’engagement de Si Tayeb dans la révolution a des conséquences terribles pour sa famille. L’armée coloniale détruit le « gourbi » familial à deux reprises, en 1956 et 1957, pour le punir et le pousser à se rendre.

💔 Une famille décimée

Les représailles ne s’arrêtent pas là : la parcelle de terre familiale est spoliée, les animaux domestiques et les récoltes brûlés. Mohamed, le fils de Si Tayeb, âgé de six ans, se retrouve seul avec sa mère et sa petite sœur Saadia, née quelques semaines plus tôt. La mère est arrêtée et internée dans un centre à Tablat. La petite Saadia décède faute d’allaitement, devenant le premier martyr de la famille. À la fin de la révolution, la famille Bougasmi comptera quinze martyrs.

⭐ Commandant de la Zone 2

Au lendemain du Congrès de la Soummam (août 1956), Si Tayeb Djeghlali est désigné à la tête de la Zone 2 de la Wilaya IV historique. Cette zone comprend l’Atlas blidéen, les montagnes du Chénoua, la Mitidja et le Sahel — un territoire stratégique aux portes d’Alger.

Trois années de commandement

Si Tayeb passe trois années (1956-1959) au commandement de la Zone 2, durant lesquelles ses troupes infligent de lourdes pertes à l’occupant. Il entame la réorganisation des unités combattantes, s’appuyant sur un réseau de camps d’entraînement.

🎯 Formation des combattants

À partir de février 1956, de jeunes recrues sont envoyées dans les camps d’entraînement installés dans les maquis de Zbarbar (Bouira). Une fois leur formation terminée, ils intègrent les unités affectées au Djebel Zeccar, à Mouzaia, dans l’Ouarsenis et dans d’autres zones de combat.

La bataille d’El-Kerma

Le moudjahid Saïd Abadou, secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidine, témoigne de ses rencontres avec Si Tayeb : « C’était un homme pieux qui manipulait très bien les armes. Lors de la bataille d’El-Kerma sur les hauteurs de Médéa, il a été blessé après avoir affronté l’ennemi pendant toute une journée. »

🏛️ Nomination à la tête de la Wilaya VI

La mort du Colonel Si El Haouès

Le 28 mars 1959, la Wilaya VI subit un coup terrible : son commandant, le Colonel Si El Haouès, tombe au champ d’honneur au Djebel Thameur, aux côtés du Colonel Amirouche, chef de la Wilaya III. Cette double perte décapite deux wilayas en même temps.

La Wilaya VI, qui couvre les vastes étendues du Sahara, se retrouve orpheline de son chef dans un contexte difficile : elle doit faire face aux opérations de l’armée française et aux troubles internes liés à la présence de groupes messalistes.

Le séjour en Tunisie

En 1958, Si Tayeb se rend en Tunisie pour y demeurer quatre mois. C’est durant ce séjour qu’il est promu au grade de colonel et désigné comme nouveau commandant de la Wilaya VI, succédant ainsi au Colonel Si El Haouès.

📋 La Wilaya VI historique

La Wilaya VI, également appelée « Wilaya du Sahara », couvre un immense territoire allant des Hauts-Plateaux aux confins du Sahara. Délimitée au nord par la Wilaya IV, à l’est par la Wilaya III et à l’ouest par la Wilaya V, elle a longtemps souffert d’un manque d’encadrement et d’organisation par rapport aux autres wilayas.

Commandants successifs : Ali Mellah (mort le 31 mars 1957), puis Si El Haouès (mort le 28 mars 1959), puis Tayeb Djeghlali (mort le 29 juillet 1959 avant de prendre ses fonctions).

💀 L’embuscade du 29 juillet 1959

À son retour de Tunisie, Si Tayeb passe d’abord par la Wilaya IV pour se préparer à rejoindre le lieu de sa nouvelle affectation. Il doit traverser un territoire hostile pour atteindre la Wilaya VI.

Le Djebel Ghaïgaa

En route pour la Wilaya VI, le groupe de combattants dirigé par Si Tayeb tombe dans une embuscade près de la commune de Had S’hari (wilaya de Djelfa), dans le Djebel Ghaïgaa.

⚔️ 29 juillet 1959

Le Colonel Tayeb Djeghlali tombe au champ d’honneur le 29 juillet 1959, aux côtés du commandant Si Mahmoud Bachène et de treize autres moudjahidine. Il est tué quatre mois seulement après sa nomination au poste de chef de la Wilaya VI, avant même de prendre effectivement ses fonctions.

Une mort qui reste une énigme

Les circonstances exactes de la mort du Colonel Tayeb Djeghlali font encore l’objet de discussions parmi les historiens. Lors de la commémoration du 55e anniversaire de sa mort en 2014, d’anciens moudjahidine ont demandé au secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidine, Saïd Abadou, de « faire la lumière sur les circonstances de la mort de Si Tayeb El-Djoughlali ».

L’historien français Charles-Robert Ageron, dans la revue Vingtième siècle (1998), évoque les troubles qui agitaient la Wilaya VI à cette période, mentionnant des « règlements de comptes » dans le contexte difficile de la lutte contre les messalistes et de la « Bleuite ».

Commémoration annuelle

Depuis l’indépendance, la localité d’El-Omaria commémore chaque 29 juillet l’anniversaire de la mort du Colonel Si Tayeb Djoughlali. Ces cérémonies rassemblent les autorités, les moudjahidine et les membres de sa famille pour perpétuer la mémoire de ce héros de la révolution.

❓ Questions fréquentes sur le Colonel Tayeb Djeghlali

Qui était le Colonel Tayeb Djeghlali ?

Tayeb Djeghlali, de son vrai nom Tayeb Bougasmi (1916-1959), était un colonel de l’ALN et figure majeure de la révolution algérienne. Intellectuel passionné de lecture, enseignant coranique et militant dès 1937, il fut nommé commandant de la Wilaya VI après la mort du Colonel Si El Haouès.

Quel était le rôle de Tayeb Djeghlali dans la révolution algérienne ?

Militant du mouvement national dès 1937, il organisa les cellules politiques dans la région de Médéa, sabota les élections de 1948, puis prit la tête de la Zone 2 de la Wilaya IV après le Congrès de la Soummam en 1956. Il fut nommé colonel et commandant de la Wilaya VI en 1958-1959.

Comment Tayeb Djeghlali est-il mort ?

Le Colonel Tayeb Djeghlali fut tué le 29 juillet 1959 dans une embuscade au Djebel Ghaïgaa, près de Had S’hari (wilaya de Djelfa), alors qu’il se rendait à la Wilaya VI pour prendre son nouveau commandement. Il mourut aux côtés du commandant Si Mahmoud Bachène et de treize autres moudjahidine.

Pourquoi appelle-t-on Tayeb Djeghlali un « intellectuel combattant » ?

Tayeb Djeghlali était passionné de lecture et avait constitué sa propre bibliothèque, détruite par l’armée coloniale. Avant de rejoindre le maquis, il enseignait dans les écoles coraniques. Son fils témoigne qu’il accordait une grande importance à l’instruction comme moyen de lutter contre l’aliénation coloniale.

À qui Tayeb Djeghlali a-t-il succédé comme chef de la Wilaya VI ?

Tayeb Djeghlali fut nommé pour succéder au Colonel Si El Haouès, tombé au champ d’honneur le 28 mars 1959 avec le Colonel Amirouche au Djebel Thameur. Il devait prendre le commandement d’une wilaya en pleine réorganisation après la perte de ses chefs.

Quels liens avait Tayeb Djeghlali avec Souidani Boudjemaa et Didouche Mourad ?

Avant le déclenchement de la révolution, Tayeb Djeghlali entretenait des contacts réguliers avec Souidani Boudjemaa et Mourad Didouche pour préparer l’insurrection armée dans la Zone 2 de la Wilaya IV. Ces contacts passaient par un agent de liaison nommé Zoubir.

Combien de martyrs compte la famille de Tayeb Djeghlali ?

La famille Bougasmi compte 15 martyrs. La première victime fut sa petite sœur Saadia, décédée bébé faute d’allaitement après l’arrestation de leur mère. La famille subit la destruction de leur maison à deux reprises et la spoliation de leurs terres.

📰 À lire aussi sur la révolution algérienne

📚 Sources

  • APS — « Si Tayeb Djoughlali, combattant intrépide et intellectuel à l’esprit ouvert », 27 juillet 2022
  • Vitaminedz — « Chahid Si Tayeb Djoughlali »
  • Le Jeune Indépendant — « Médéa : Célébration du 63e anniversaire de la mort du colonel Si Tayeb Djoughlali », 1er août 2022
  • DK News — « Médéa se souvient de Si Tayeb El-Djoughlali »
  • The Free Library — « Commémoration du 55e anniversaire de la mort du colonel Si Tayeb El Djoughlali »
  • Cairn.info — « L’affaire Si Salah, vécue par le commandant Lakhdar Bourèga », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2001
  • Memoria.dz — « Une Wilaya décapitée »
  • Charles-Robert Ageron, « Vingtième siècle. Revue d’histoire », n°59, 1998
Tayeb Djeghlali

El Hadj Lakhdar

Docteur Ben Touhami

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