La ville de Tipaza en Algérie
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Tipaza, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982, est l’un des sites archéologiques les plus extraordinaires du Maghreb. Comptoir phénicien fondé au VIe siècle av. J.-C., cette cité devenue romaine atteignit 20 000 habitants à son apogée au IIe siècle. Ses ruines époustouflantes — amphithéâtre, basilique Sainte-Salsa, nécropoles puniques — surplombent la Méditerranée au pied du majestueux mont Chenoua (900 m). C’est ici qu’Albert Camus trouva l’inspiration pour son célèbre essai « Noces à Tipasa ». À quelques kilomètres, le mystérieux Mausolée Royal de Maurétanie, attribué à Juba II et Cléopâtre Séléné, et l’antique Cherchell (Caesarea) complètent un patrimoine unique entre mer turquoise et collines verdoyantes.
Sommaire
1. Présentation générale
Tipaza (en arabe : تيبازة, en berbère : ⵜⵉⴼⵣⵣⴰ) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située sur la côte méditerranéenne à 61 km à l’ouest d’Alger. La ville se trouve au pied du mont Chenoua et des collines du Sahel algérois.
Le nom « Tipaza » (ou Tipasa) vient du phénicien signifiant « lieu de passage » ou « escale ». Une autre étymologie propose le berbère « Tifezza » (pluriel de Tafezza), signifiant « grès désagrégés », en référence à la topographie sablonneuse de la côte.
L’UNESCO décrit le site comme « l’un des plus extraordinaires complexes archéologiques du Maghreb », reflétant les contacts entre Berbères et vagues de colonisation punique puis romaine du VIe siècle av. J.-C. au VIe siècle de notre ère.
2. Données géographiques et démographiques
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Population (wilaya) | ~620 000 habitants |
| Superficie (wilaya) | 1 707 km² |
| Nombre de daïras | 10 |
| Nombre de communes | 28 |
| Code wilaya | 42 |
| Distance Alger | 61 km ouest |
| Mont Chenoua | 900 m (plus haut sommet du Sahel) |
| Climat | Méditerranéen (16-34°C) |
| Inscription UNESCO | 1982 (patrimoine mondial) |
| Population berbérophone | ~150 000 Chenouis |
La région est peuplée de Berbères Chenouis, qui parlent le chenoui, un dialecte berbère zénète très proche du chaoui et du rifain, préservant des formes linguistiques archaïques.
3. Histoire : des Phéniciens aux Byzantins
3.1 Comptoir phénicien (VIe siècle av. J.-C.)
Sur un promontoire à l’abri du mont Chenoua, les Phéniciens fondèrent un comptoir vers le VIe siècle av. J.-C., point de relâche entre Icosium (Alger) et Caesarea (Cherchell) sur la route vers les Colonnes d’Hercule (Gibraltar).
Le port devint un nœud commercial important pour Carthage, par lequel transitaient des biens venus de Grèce, d’Italie et d’Ibérie. Les nécropoles puniques de Tipaza sont parmi les plus anciennes et les plus étendues du monde punique.
3.2 Royaume de Maurétanie
Après la chute de Carthage (146 av. J.-C.), Tipaza passa sous l’influence des rois numides : Syphax, Massinissa, Bocchus, Juba Ier. La ville connut un essor sous le roi Juba II (25 av. J.-C. – 23 apr. J.-C.), l’un des hommes les plus savants de son temps.
Juba II et son épouse Cléopâtre Séléné (fille de Cléopâtre et Marc Antoine) firent de leur capitale Caesarea (Cherchell) un foyer de culture gréco-romaine. Tipaza devint un centre de transit et de négoce actif.
3.3 Province romaine
En 40 apr. J.-C., Ptolémée, fils de Juba II, fut exécuté par Caligula. La Maurétanie passa sous administration romaine directe. Sous l’empereur Claude Ier (41-54), elle fut divisée en Maurétanie Césarienne (capitale Cherchell) et Maurétanie Tingitane (capitale Tanger).
Tipaza obtint le statut de colonie romaine au Ier siècle et atteignit son apogée sous Hadrien (117-138) avec près de 15 000 à 20 000 habitants. La ville s’étendit aux dépens de l’ancienne nécropole punique.
3.4 Christianisme et fin de l’Antiquité
Au IVe siècle, Tipaza devint un centre chrétien important. La basilique Sainte-Salsa fut érigée en l’honneur d’une jeune martyre de 14 ans, décapitée vers 320-322 pour avoir refusé de vénérer un serpent à tête dorée.
Entre 371-372, la révolte de Firmus ravagea la région, mais Tipaza résista contrairement à Icosium et Caesarea. En 430, les Vandales de Genséric détruisirent la ville malgré ses murailles de 2 km. À la fin du Ve siècle, sous Hunéric, les chrétiens persécutés fuirent vers l’Espagne.
En 534, les Byzantins reprirent l’Afrique. Tipaza retrouva une certaine prospérité avant de disparaître définitivement au VIe siècle, ensevelie sous les dunes.
4. Site archéologique UNESCO
Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1982, le site archéologique de Tipaza est décrit comme un « ensemble unique de vestiges phéniciens, romains, paléochrétiens et byzantins, voisinant avec des monuments autochtones ».
Principaux vestiges
Voies romaines : le decumanus maximus (14 m de large) prolongeait la route Icosium-Caesarea, le cardo plongeait vers la mer.
Amphithéâtre : premier édifice à l’entrée du parc, partiellement dégagé avec voûtes, gradins et portes visibles.
Forums et temples : temple anonyme et nouveau temple à l’intersection du cardo et du decumanus.
Thermes : plusieurs petits thermes en bon état de conservation.
Fabrique de garum : cuves (dolia) pour la production de cette sauce de poisson romaine.
Villa romaine : traces de mosaïques dans le quartier résidentiel du bord de mer.
Basilique Sainte-Salsa
Édifiée au IVe siècle sur un promontoire dominant la mer, la grande basilique chrétienne jouxte une nécropole dont l’édifice principal est le mausolée circulaire. Un sentier serpente au milieu d’une végétation dense (absinthes sauvages) pour y accéder.
Sainte Salsa, jeune fille de 14 ans convertie au christianisme, fut martyrisée pour avoir brisé une idole lors d’une fête païenne. Sa basilique devint un lieu de pèlerinage.
5. Mausolée Royal de Maurétanie
À une dizaine de kilomètres à l’est de Tipaza, sur les collines du Sahel à 261 m d’altitude, se dresse le mystérieux Mausolée Royal de Maurétanie, appelé à tort « Tombeau de la Chrétienne » (Kbour-er-Roumia en arabe).
Architecture monumentale
Ce tumulus de pierre d’environ 80 000 m³ mesure 60,9 m de diamètre et 32,4 m de hauteur. Sa base cylindrique est ceinturée de 60 colonnes ioniques surmontées d’une corniche. Un cône en gradins de pierre s’élève au sommet.
Les moulures en forme de croix des fausses portes aux quatre points cardinaux expliquent l’appellation erronée de « Tombeau de la Chrétienne » — en réalité, « Roumia » signifie « Romaine », non « Chrétienne ».
Mystère historique
L’archéologue Stéphane Gsell l’a décrit comme « une construction de type indigène, couverte d’une chemise grecque ». Certains historiens l’attribuent à Juba II et son épouse Cléopâtre Séléné, fille de la reine d’Égypte. D’autres le datent des IIIe-Ier siècles av. J.-C., antérieurement à la domination romaine.
Inscrit au patrimoine mondial UNESCO en 1982, le mausolée figure depuis avril 2025 sur la liste indicative des « Mausolées Royaux de l’Algérie antique ».
6. Cherchell : l’antique Caesarea
À 20 km à l’ouest de Tipaza, Cherchell fut l’antique Iol, renommée Caesarea (« ville de César ») par Juba II en hommage à Auguste. Elle devint la capitale de la Maurétanie Césarienne.
Juba II peupla sa capitale d’œuvres d’art importées de Grèce. Pline et Plutarque le citent comme référence incontestable en histoire, géographie, philosophie, botanique et art lyrique.
Vestiges de Cherchell
Théâtre romain : datant de l’époque de Juba II (vers 25 av. J.-C.), au centre de l’ancienne ville.
Amphithéâtre : l’un des plus importants de la région.
Thermes et nécropole : témoins de la splendeur passée.
Musée archéologique : riche collection de sculptures, mosaïques et objets antiques.
Pour découvrir ces trois sites en un week-end, consultez notre itinéraire Timgad-Djémila-Tipaza en 48h.
7. Albert Camus et Tipaza
L’écrivain Albert Camus (1913-1960, Prix Nobel de littérature 1957) fut profondément marqué par Tipaza, qu’il visita fréquemment en 1935-1936. Il partageait cette admiration avec son professeur de philosophie Jean Grenier.
« Noces à Tipasa »
Premier des quatre essais du recueil « Noces » (1939), « Noces à Tipasa » célèbre les « noces de l’homme avec le monde », inspirées par le spectacle des ruines envahies par la végétation, l’odeur des absinthes et la mer.
À l’extrémité occidentale du parc archéologique, face à la mer et au mont Chenoua, une stèle fut érigée en 1961 à la mémoire de Camus. On peut y lire : « Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure. »
Un restaurant du port porte aujourd’hui le nom « Albert Camus » en hommage à l’écrivain.
8. Tourisme et nature
Mont Chenoua
Le Djebel Chenoua (900 m) est le plus haut sommet des collines du Sahel algérois. Deux heures de marche suffisent pour atteindre le pic et admirer un panorama spectaculaire sur la baie de Tipaza.
Ses flancs abritent des grottes marines, des criques secrètes accessibles en kayak, et la célèbre plage de Chenoua.
Plages
Plage de Chenoua : sable et galets au pied de la montagne.
Plage des Pins : cadre verdoyant.
Plages bleues : criques naturelles.
Plage de Sidi Rached et plage de Matarès.
Informations pratiques
Le site archéologique se visite toute l’année. Printemps (16-24°C) et automne (18-26°C) sont idéaux pour éviter la chaleur estivale. Le musée de Tipaza expose mosaïques, statues et objets des fouilles.
Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie par ville et budget.
Découvrez les spécialités locales (fruits de mer) dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes et nos plats traditionnels algériens.
9. Wilayas limitrophes
| Wilaya | Direction | Distance | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Alger | Est | 61 km | Capitale, Icosium romaine |
| Blida | Sud-Est | ~50 km | Ville des Roses, Mitidja |
| Aïn Defla | Sud-Ouest | ~80 km | Vallée du Chéliff |
| Chlef | Ouest | ~100 km | El Asnam antique |
| Méditerranée | Nord | Côte | 100 km de littoral |
Communes principales
Tipaza (chef-lieu), Cherchell (Caesarea), Koléa, Hadjout, Bou Ismaïl, Fouka, Sidi Rached (Mausolée Royal).
10. Questions fréquentes
Pourquoi Tipaza est-elle inscrite au patrimoine UNESCO ?
Tipaza est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982 pour son « ensemble unique de vestiges phéniciens, romains, paléochrétiens et byzantins ». Le site reflète de manière exceptionnelle les contacts entre les Berbères et les vagues de colonisation punique puis romaine du VIe siècle av. J.-C. au VIe siècle de notre ère. L’UNESCO le décrit comme « l’un des plus extraordinaires complexes archéologiques du Maghreb ».
Qu’est-ce que le Tombeau de la Chrétienne ?
Le « Tombeau de la Chrétienne » est en réalité le Mausolée Royal de Maurétanie, monument funéraire antique situé à Sidi Rached. Son appellation est une erreur de traduction : « Roumia » signifie « Romaine », non « Chrétienne ». Ce tumulus de 60 m de diamètre et 32 m de hauteur, ceinturé de 60 colonnes ioniques, serait le tombeau de Cléopâtre Séléné, épouse de Juba II, ou d’une famille royale numide plus ancienne.
Quel lien entre Albert Camus et Tipaza ?
Albert Camus visita fréquemment Tipaza en 1935-1936 et y trouva l’inspiration pour « Noces à Tipasa », premier essai de son recueil « Noces » (1939). Il y célèbre « les noces de l’homme avec le monde », inspiré par les ruines envahies par la végétation et la mer. Une stèle à sa mémoire fut érigée en 1961 dans le parc archéologique avec cette citation : « Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure. »
Qui étaient Juba II et Cléopâtre Séléné ?
Juba II (25 av. J.-C. – 23 apr. J.-C.) fut roi de Maurétanie, installé par Auguste après avoir reçu une éducation gréco-romaine à Rome. C’était l’un des hommes les plus savants de son temps. Son épouse Cléopâtre Séléné était la fille de Cléopâtre VII d’Égypte et Marc Antoine. Ensemble, ils firent de Caesarea (Cherchell) un foyer culturel majeur. Le Mausolée Royal leur serait dédié.
Comment visiter Tipaza depuis Alger ?
Tipaza se trouve à 61 km à l’ouest d’Alger, accessible en moins d’une heure par la RN11 (route d’Oran). Des bus et taxis collectifs relient les deux villes. Une journée suffit pour visiter les ruines, le musée et déjeuner au port. Pour le Mausolée Royal et Cherchell, prévoyez une journée complète ou négociez un taxi. Le printemps et l’automne offrent les meilleures conditions de visite.
À lire aussi sur Zoom Algérie :







































































































































































































































































































































































































































































































































































































