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La ville de Djelfa en Algérie

Djelfa, au cœur des hauts plateaux steppiques, est la capitale incontestée du mouton algérien. Avec plus de 4 millions de têtes d’ovins et le plus grand marché aux bestiaux du pays, cette wilaya incarne la tradition pastorale millénaire des Ouled Naïl. Mais Djelfa, c’est aussi un patrimoine préhistorique exceptionnel avec plus de 1 160 gravures rupestres, le berceau du barrage vert lancé en 1970, et des paysages grandioses entre chotts salés, monts de l’Atlas saharien et immensités steppiques.

1. Présentation générale

Djelfa (en arabe : الجلفة) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située au centre de l’Algérie, à 300 km au sud d’Alger. Positionnée à mi-chemin entre la capitale et Ghardaïa, elle constitue une zone de transition entre le Tell au nord et le Sahara au sud.

La ville s’étend au pied des monts des Ouled Naïl, dans l’Atlas saharien, à une altitude moyenne de 1 150 mètres. Ce positionnement stratégique en fait le carrefour naturel des routes nord-sud et le centre névralgique de l’économie pastorale algérienne.

Avec une superficie de 32 256 km², la wilaya de Djelfa est l’une des plus vastes d’Algérie. Elle est dominée par de vastes étendues steppiques couvertes d’alfa et d’armoise, ponctuées par les dépressions des chotts Zahrez (Gharbi et Chergui), véritables lacs salés temporaires caractéristiques des hauts plateaux.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (ville)~490 000 habitants
Population (wilaya)~1 500 000 habitants
Superficie (wilaya)32 256 km² (1,36% du territoire national)
Nombre de daïras/communes12 daïras, 36 communes
Code wilaya17
Altitude1 150 m (point culminant : 1 613 m)
ClimatSemi-aride continental (200-350 mm/an)
Cheptel ovin+4 millions de têtes (1er en Algérie)
Distance Alger300 km
Villes principalesDjelfa, Aïn Oussera, Messaad, Hassi Bahbah

3. Histoire : des gravures rupestres aux Ouled Naïl

3.1 Préhistoire et Antiquité

La région de Djelfa est habitée depuis le Néolithique (8 000-6 000 av. J.-C.), comme en témoignent les nombreuses gravures rupestres découvertes dans les monts des Ouled Naïl. Ces « pierres écrites » (Hadjrat Mektouba) représentent une faune aujourd’hui disparue : bubales, lions, éléphants, autruches.

À l’époque romaine, la région était peuplée par les Gétules, nomades berbères. Les Romains y installèrent des postes militaires avancés, comme le castellum de Demmedi à Messaad, construit vers 198 ap. J.-C. sous Septime Sévère pour protéger le limes saharien.

3.2 La confédération des Ouled Naïl

Au XVIIe siècle, un groupe de tribus nomades se rassemble autour de la figure d’un saint, Sidi Naïl, donnant naissance à la confédération des Ouled Naïl. Ces pasteurs nomades, d’origine berbère zénète mêlée d’apports arabes hilaliens, pratiquent l’élevage transhumant et la céréaliculture.

À la période ottomane, les Ouled Naïl de l’Est (Cheraga) dépendaient du beylik de Constantine, tandis que ceux de l’Ouest (Gheraba) relevaient du Titteri.

3.3 Période coloniale et guerre d’indépendance

1843 : Premières incursions françaises dans la région.

1861 : Création de la ville de Djelfa. Révolte de Benchendouka contre l’autorité française.

1864 : Soulèvement des Ouled Cheikh dans la région.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un camp d’internement fut installé à Djelfa, emprisonnant jusqu’à 2 500 personnes : réfugiés républicains espagnols, juifs victimes des lois de Vichy, anciens brigadistes internationaux et résistants français.

Pendant la guerre d’Algérie, la région devient un fief de l’ALN, avec des maquis actifs dans les monts des Ouled Naïl.

1974 : Djelfa accède au rang de wilaya lors du découpage administratif.

4. Le mouton Ouled Djellal : patrimoine national

Djelfa est la capitale incontestée de l’élevage ovin en Algérie. Le marché aux bestiaux de Djelfa est le plus important du pays, et la wilaya concentre le plus grand cheptel ovin national avec plus de 4 millions de têtes.

La race Ouled Djellal

Le mouton Ouled Djellal (ou « Arabe blanche ») est la race ovine la plus répandue en Algérie, représentant environ 60% du cheptel national (soit près de 18 millions sur 30 millions de moutons).

Caractéristiques : Grande taille (85 cm au garrot pour les mâles), couleur blanche, queue fine, pattes longues et puissantes adaptées à la marche. Résistant aux zones arides, il supporte les grandes marches à travers la steppe pour se nourrir d’armoise, de remth et d’alfa.

Origine : Trois hypothèses se disputent son origine : domestication par les Amazighs depuis l’Antiquité, introduction par les Romains depuis Tarente (Italie), ou arrivée avec les tribus Banu Hilal au XIe siècle. Sa représentation sur les stèles funéraires de Timgad atteste de sa présence dès l’époque romaine.

Qualités : Excellente viande, croissance rapide (200 g/jour), agneau pouvant atteindre 40 kg à 4 mois. Une brebis peut donner jusqu’à 20 agneaux au cours de sa vie.

L’économie pastorale

L’agriculture et l’élevage emploient près de 40% de la population active de la wilaya. Le système traditionnel repose sur la transhumance : hivernage au sud dans les parcours sahariens, estivage au nord sur les hauts plateaux.

Aujourd’hui, trois symboles incarnent la vie dans les steppes de Djelfa : l’arbre, l’abeille et la brebis. L’élevage fournit viande, lait, laine et cuir, tandis que l’arboriculture (oliviers, figuiers) et l’apiculture se développent.

5. Le barrage vert : rempart contre le désert

Djelfa est le berceau du barrage vert, l’un des plus ambitieux projets écologiques de l’histoire algérienne, lancé en 1970 par le président Houari Boumédiène.

Genèse du projet

Dès 1968, quatre projets pilotes de reboisement sont déployés dans les monts des Ouled Naïl, en amont des forêts naturelles de pin d’Alep. Le premier périmètre retenu fut celui de Moudjebara, à 20 km au sud de Djelfa.

Le 23 juin 1970, la décision officielle crée le périmètre de reboisement de Moudjebara, donnant naissance au barrage vert. L’objectif : reboiser une bande de 1 500 km de long sur 20 km de large, soit 3 millions d’hectares, pour stopper l’avancée du désert.

Un projet d’envergure continentale

Le barrage vert traverse les hauts plateaux d’est en ouest, de Naâma à Tébessa, couvrant 13 wilayas, 183 communes et 4,7 millions d’hectares. Il intègre zones forestières, pastorales et agricoles.

2023 : Relance du projet par le président Tebboune depuis El Maalba (Djelfa), avec un budget de 75 milliards de dinars jusqu’en 2030. Objectif : 400 000 hectares reboisés d’ici 2027, avec des essences diversifiées (pin d’Alep, pistachier, caroubier, olivier, arganier).

6. Gravures rupestres : trésors préhistoriques

La région de Djelfa recèle l’un des plus importants ensembles de gravures rupestres du Maghreb, avec plus de 1 160 gravures répertoriées dans 43 stations.

Les principales stations

Zaccar : Découvert en 1907 et classé patrimoine national en 1982, ce site compte 37 gravures. La plus célèbre représente un bubale attaqué par un lion, chef-d’œuvre de la période bubaline (8 000-6 000 av. J.-C.).

Daïet es-Stel : Station décrite dès 1914 par Flamand, abritant l’« Apollon des Ouled Naïl », figure humaine d’un naturalisme remarquable.

Aïn Naga : Site mixte avec gravures et industrie lithique capsienne et néolithique.

Thèmes et techniques

Les gravures représentent une faune disparue (bubales, lions, éléphants, autruches, mouflons), témoignant d’un climat plus humide au Néolithique. On trouve aussi des scènes de chasse, des personnages, des inscriptions libyco-berbères et des chars.

Ces œuvres, de style naturaliste et de grandes dimensions, appartiennent à la même tradition que les gravures du Sud-oranais (El Bayadh, Aflou) et annoncent celles du Tassili n’Ajjer.

7. Sites et attractions

Patrimoine naturel

Monts des Ouled Naïl : Chaîne de l’Atlas saharien culminant à 1 613 m, avec forêts de pin d’Alep, chêne vert et genévrier.

Chotts Zahrez : Deux vastes dépressions salées (Zahrez Gharbi et Chergui) caractéristiques des hauts plateaux, entourées de végétation halophile.

Forêt de Senalba : Forêt naturelle de pin d’Alep intégrée au barrage vert.

Djebel Senalba, Djebel Azreg, Djebel Boukahil : Sommets des monts des Ouled Naïl offrant panoramas sur la steppe.

Patrimoine historique

Messaad : Vestiges du castellum romain de Demmedi (198 ap. J.-C.), ksour traditionnels.

Zaccar et Amourah : Ksour anciens témoignant d’une vie sédentaire passée.

Marché aux bestiaux : Le plus grand d’Algérie, spectacle unique les jours de souk.

8. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
MédéaNord~130 kmTell, vignobles, accès Alger
TissemsiltNord-Ouest~150 kmOuarsenis, forêts
M’SilaEst~120 kmHodna, élevage ovin
LaghouatOuest~150 kmPorte du Sahara, oasis
TiaretOuest~180 kmHauts plateaux, céréales
GhardaïaSud~200 kmM’Zab, patrimoine UNESCO
OuarglaSud-Est~350 kmSahara, pétrole

9. Gastronomie steppique

La cuisine de Djelfa est celle des pasteurs nomades, robuste et généreuse, centrée sur le mouton et les produits laitiers. Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

Plats emblématiques

Mechoui : Agneau entier rôti à la braise, plat de fête par excellence des Ouled Naïl.

Couscous naïli : Semoule fine accompagnée de viande d’agneau et de légumes de saison.

Melfouf : Plat traditionnel des grandes occasions.

Chakhchoukha : Pain émietté en sauce, spécialité des hauts plateaux.

Rechta : Pâtes traditionnelles en sauce.

Produits du terroir

Viande d’agneau Ouled Djellal : Réputée pour sa saveur particulière due à l’alimentation sur parcours steppiques (armoise, thym, romarin sauvage).

Lait et dérivés : Leben (lait fermenté), beurre rance (dhan), fromages de brebis.

Miel de steppe : Issu des plantes aromatiques des hauts plateaux.

Pour plus de recettes traditionnelles, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.

10. Culture et traditions

Les Ouled Naïl : gardiens des traditions

La confédération des Ouled Naïl a développé une culture riche, marquée par la vie pastorale et la spiritualité soufie. Leur mode de vie nomade, rythmé par la transhumance, a façonné des traditions uniques.

Poésie et musique : Le melhoun naïli est une forme de poésie chantée des hauts plateaux, cousin du melhoun de Tlemcen et du bédoui de Tiaret.

Costume traditionnel : Les femmes Ouled Naïl portaient autrefois des parures spectaculaires de bijoux en argent, symboles de leur statut.

Artisanat

Tissage : Tapis, burnous, tentes en poils de chèvre et de chameau.

Bijoux berbères : Fibules, bracelets, colliers en argent.

Travail du cuir : Sacoches, selles, outres, utilisant les peaux de moutons.

Découvrez l’artisanat algérien dans notre article sur les arts traditionnels algériens.

Fêtes et célébrations

Fête du mouton : Moment fort célébrant l’importance de l’élevage ovin.

Moussems : Rassemblements religieux et culturels autour des zaouïas.

Waâda : Fêtes tribales avec fantasias et festins.

11. Questions fréquentes

Qu’est-ce que le mouton Ouled Djellal ?

Le mouton Ouled Djellal (ou « Arabe blanche ») est la principale race ovine algérienne, représentant environ 60% du cheptel national. Originaire des steppes du centre algérien, ce mouton de grande taille (85 cm au garrot) est reconnu pour sa résistance aux zones arides, sa capacité à parcourir de longues distances et la qualité exceptionnelle de sa viande. Son biotope se limite aux steppes d’altitude entre 250 et 600 mètres.

Qu’est-ce que le barrage vert ?

Le barrage vert est un projet agroécologique lancé en 1970 pour lutter contre la désertification. Il consiste en une ceinture forestière de 1 500 km de long sur 20 km de large, traversant les hauts plateaux de Naâma à Tébessa. Djelfa en est le berceau, avec le premier périmètre de reboisement à Moudjebara. Relancé en 2023, le projet vise à reboiser 400 000 hectares d’ici 2027 avec des essences diversifiées (pin d’Alep, pistachier, caroubier, olivier).

Quelles sont les gravures rupestres de Djelfa ?

La région de Djelfa compte plus de 1 160 gravures rupestres réparties dans 43 stations, principalement dans les monts des Ouled Naïl. Datant du Néolithique (8 000-6 000 av. J.-C.), elles représentent une faune disparue (bubales, lions, éléphants) et des scènes de chasse. Les sites les plus célèbres sont Zaccar (classé patrimoine national en 1982), Daïet es-Stel et Aïn Naga. La gravure du « bubale attaqué par un lion » de Zaccar est un chef-d’œuvre de l’art rupestre maghrébin.

Que visiter à Djelfa ?

Les incontournables sont : les gravures rupestres de Zaccar (à moins d’une heure de Djelfa), les monts des Ouled Naïl et leurs paysages steppiques, les chotts Zahrez (lacs salés), la forêt de Senalba, le marché aux bestiaux (le plus grand d’Algérie), les ksour de Messaad et Amourah, et les vestiges romains de Demmedi. Le printemps et l’automne sont les meilleures saisons pour visiter.

Comment se rendre à Djelfa ?

Par la route : 300 km d’Alger via la RN1 (environ 3h30), 200 km de Ghardaïa. Djelfa est un carrefour routier majeur sur l’axe nord-sud. Par le train : ligne de chemin de fer depuis Alger (principalement fret). L’aéroport le plus proche est celui d’Aïn Oussera. Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

Qui sont les Ouled Naïl ?

Les Ouled Naïl sont une confédération tribale formée au XVIIe siècle autour de la figure du saint Sidi Naïl. D’origine berbère zénète avec des apports arabes hilaliens, ils sont les pasteurs nomades traditionnels des hauts plateaux steppiques. Leur mode de vie repose sur l’élevage ovin transhumant et la céréaliculture. Les monts des Ouled Naïl, dans l’Atlas saharien, portent leur nom. Leur culture est marquée par la poésie melhoun, les bijoux en argent et les arts textiles.

 

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