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Hassiba Ben Bouali

Hassiba Ben Bouali (1938-1957) est l’un des visages les plus puissants de la Bataille d’Alger. Jeune militante du FLN, engagée au sein de la Zone autonome d’Alger (ZAA), elle participe aux réseaux clandestins qui structurent la lutte urbaine dans la capitale. Traquée par les parachutistes, elle meurt à 19 ans, le 8 octobre 1957, lors de l’explosion de la cache du 5, rue des Abdérames dans la Casbah, aux côtés d’Ali la Pointe, de Petit Omar et de Mahmoud Bouhamidi.

Dans l’histoire de la guerre d’indépendance, il existe des figures dont la trajectoire éclaire une époque entière. Hassiba Ben Bouali appartient à cette catégorie rare : une adolescente devenue cadre opérationnel d’une organisation clandestine, au cœur d’une ville quadrillée, où chaque déplacement, chaque message, chaque geste médical ou logistique peut faire basculer une opération.

Son nom est associé à la guerre urbaine et à la Casbah, mais son parcours commence ailleurs : à Sendjas (ex-Bougainville), près d’Orléansville (aujourd’hui Chlef). En moins de deux ans, elle passe des bancs du lycée aux responsabilités de liaison, de soins, puis aux circuits techniques liés aux explosifs, dans une séquence où le FLN cherche à peser politiquement autant que militairement.

Revenir sur Hassiba, c’est donc raconter une génération, une méthode (la clandestinité urbaine), et une mémoire (celle de la Bataille d’Alger), avec ses zones d’ombre, ses controverses et ses héritages.

Fiche d’identité : Hassiba Ben Bouali

Nom completHassiba Ben Bouali (حسيبة بن بوعلي)
Date de naissance20 janvier 1938
Lieu de naissanceSendjas (ex-Bougainville), près d’Orléansville — aujourd’hui wilaya de Chlef
EngagementFLN — Zone autonome d’Alger (ZAA)
RôlesAgent de liaison, logistique, soins aux blessés, participation aux réseaux clandestins
Contexte historiqueBataille d’Alger (1956-1957)
Date et lieu du décès8 octobre 1957 — Alger, Casbah (5, rue des Abdérames)
Associée àYacef Saâdi,
Ali la Pointe,
Djamila Bouhired

1) Origines : de Sendjas à Alger

Hassiba Ben Bouali naît en 1938 à Sendjas (ex-Bougainville), localité rattachée à la région d’Orléansville, aujourd’hui Chlef. Ce détail compte : il rappelle que la génération 1954-1962 n’est pas seulement celle des maquis. Beaucoup, comme Hassiba, basculent vers une autre forme de lutte : la clandestinité urbaine.

En 1947, sa famille s’installe à Alger. La capitale coloniale n’est pas un décor neutre : elle concentre administrations, police, justice, réseaux d’informateurs. La ville est aussi un espace à deux vitesses — quartiers européens, quartiers populaires — et la Casbah y joue un rôle de refuge, de base logistique et de caisse de résonance politique.

Repères : pourquoi la Casbah devient un enjeu stratégique

La Casbah offre au FLN un réseau de ruelles, de solidarités locales et de caches difficiles à pénétrer. Pour l’armée française, la contrôler devient un objectif central : démanteler l’appareil clandestin, couper les liaisons, identifier les ateliers et neutraliser les cadres.

2) Études, éveil politique et UGEMA

Hassiba poursuit sa scolarité entre plusieurs établissements, et rejoint très tôt les milieux où circulent idées, tracts et débats. À 16 ans, elle adhère à l’UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens), organisation qui jouera un rôle majeur en 1956 quand l’université et les lycées deviennent, à leur manière, un front politique.

Le 19 mai 1956 est un basculement : l’appel à la grève des étudiants et lycéens, soutenu par le FLN, accélère l’entrée en clandestinité de nombreux jeunes. C’est une fracture intime : abandonner un avenir tracé — études, diplômes — au profit d’une autre logique, celle de la lutte et du risque quotidien.

Dans les récits disponibles, revient une dimension souvent sous-estimée : Hassiba ne se réduit pas à un rôle « symbolique ». Elle est aussi dans le care (soins, assistance), à l’hôpital Mustapha, et dans la logistique, ce qui constitue une compétence opérationnelle précieuse dans une organisation clandestine.

3) Le tournant de 1956 : entrée au FLN et Zone autonome d’Alger

En 1956, le FLN structure la Zone autonome d’Alger (ZAA) afin d’organiser la lutte en ville : liaisons, planques, collecte, soins, propagande, et, dans certains réseaux, fabrication et transport d’explosifs. La ZAA est associée à Yacef Saâdi, qui devient une figure centrale de la Bataille d’Alger.

Hassiba s’impose dans cet univers où la confiance se gagne vite — et se perd plus vite encore. À Alger, l’activité clandestine n’est pas seulement une question d’armes : c’est un art de l’ombre, fait de rendez-vous, de mots de passe, de sacs qui ne doivent jamais être fouillés, de trajets calculés, d’identités reconstruites.

C’est aussi là que son histoire croise celles d’autres noms devenus emblématiques : Djamila Bouhired, Zohra Drif, ou encore Ali la Pointe. Ensemble, ils incarnent un moment où la guerre se joue au cœur même de la ville.

4) Le « réseau bombe » : rôle, logistique, risques

Le terme « réseau bombe » recouvre des réalités diverses : transport, liaisons entre techniciens, repérages, hébergements temporaires, parfois participation à des opérations de pose. L’historiographie insiste sur un point : dans la Bataille d’Alger, la guerre psychologique et la guerre médiatique se superposent au terrain. Les attentats, les représailles, la répression et la torture forment un engrenage qui finit par déplacer l’enjeu : au-delà des pertes, il s’agit de légitimité et d’opinion.

Hassiba, par ses déplacements, sert de lien entre les pièces du puzzle. C’est un rôle moins spectaculaire que la figure du combattant armé, mais souvent plus déterminant : sans liaisons, une organisation clandestine s’effondre. Et dans une ville sous contrôle militaire, la liaison est une ligne de vie.

À retenir

  • La ZAA combine action politique, logistique et opérations clandestines en milieu urbain.
  • Le rôle d’agent de liaison est central : il relie ateliers, caches, cadres et messagers.
  • La Bataille d’Alger est aussi une bataille d’image : chaque camp cherche à imposer son récit.

5) Bataille d’Alger : stratégie et répression

La Bataille d’Alger (1956-1957) cristallise la guerre : elle met face à face l’appareil clandestin du FLN et une réponse militaire fondée sur le renseignement, les arrestations massives et des méthodes de contre-insurrection qui marqueront durablement la mémoire. L’objectif affiché : démanteler les réseaux de Yacef Saâdi et « pacifier » Alger, en particulier la Casbah.

À ce stade, l’histoire se raconte mal sans contexte : les violences ne sont pas unilatérales. Attentats, représailles, ratonnades, torture, exécutions — la spirale enferme la ville. C’est aussi dans ce moment que les figures politiques de la Révolution pèsent : Abane Ramdane est l’un des organisateurs de la structuration politique, tandis que des responsables historiques comme Krim Belkacem ou Benkhedda s’inscrivent dans le cadre national du FLN.

Dans ce contexte, Hassiba incarne une chose précise : la jeunesse engagée qui n’occupe pas le devant de la scène diplomatique, mais tient les fils d’une guerre urbaine où l’erreur se paie immédiatement.

6) 8 octobre 1957 : la cache du 5, rue des Abdérames

Fin septembre 1957, la ZAA est affaiblie. Les arrestations et les filatures resserrent l’étau. La cache du 5, rue des Abdérames, dans la basse Casbah, devient le dernier refuge d’un petit groupe. Hassiba s’y trouve avec Ali la Pointe, Mahmoud Bouhamidi et le jeune Omar (dit Petit Omar), agent de liaison.

Le 8 octobre 1957, la maison est encerclée. L’explosion — provoquée dans le cadre de l’assaut, dans une zone où des explosifs sont stockés — détruit la cache et tue les occupants. L’événement devient l’un des épisodes les plus connus de la Bataille d’Alger, parce qu’il symbolise à la fois la fin d’une séquence et le prix humain de la clandestinité.

Repères : les dernières heures dans la Casbah

  • Fin septembre 1957 : repli et recherche de caches plus sûres dans la Casbah.
  • Début octobre : encerclements, contrôles, pressions sur les habitants.
  • 8 octobre 1957 : assaut et explosion au 5, rue des Abdérames ; mort de Hassiba et de ses compagnons.

Cet épisode est aussi un miroir : il met en lumière le rôle des femmes dans les réseaux clandestins — pas seulement comme « porteuses de messages », mais comme actrices d’un dispositif complet (liaisons, soins, logistique, discrétion sociale), souvent invisibilisé par les récits uniquement militaires.

7) Héritage, hommages et usages de la mémoire

Après l’indépendance, Hassiba Ben Bouali devient une référence civique : établissements scolaires, lieux publics, commémorations. Son nom est souvent cité aux côtés d’autres héroïnes et moudjahidate, et sa mémoire se confond avec celle de la Casbah, comme symbole de résistance.

Mais un héritage n’est jamais neutre : la Bataille d’Alger, parce qu’elle touche à la violence urbaine et aux méthodes de répression, continue d’alimenter débats, films, livres, et polémiques mémorielles. Dans cette bataille de récits, Hassiba reste un point fixe : la figure d’une jeune femme qui renonce à tout, sans retour possible.

Pour remettre cette trajectoire dans la chaîne des acteurs, on peut aussi lire en parallèle des portraits de responsables du FLN : Rabah Bitat, Larbi Ben M’hidi, Abdelhafid Boussouf ou Mohamed Khider.

8) Chronologie complète

DateÉvénement
20 janvier 1938Naissance à Sendjas (ex-Bougainville), région d’Orléansville (aujourd’hui Chlef)
1947Installation familiale à Alger
1954-1956Études, engagement associatif et éveil politique ; adhésion à l’UGEMA
19 mai 1956Grève des étudiants et lycéens ; basculement d’une génération vers la lutte
1956Recrutement au FLN et intégration à la Zone autonome d’Alger (ZAA)
1956-1957Bataille d’Alger : liaisons, logistique, clandestinité, traque
8 octobre 1957Mort dans l’explosion de la cache du 5, rue des Abdérames, Casbah d’Alger, avec Ali la Pointe et ses compagnons

9) Questions fréquentes

Qui était Hassiba Ben Bouali ?

Hassiba Ben Bouali (1938-1957) était une militante du FLN engagée dans la Zone autonome d’Alger (ZAA) pendant la Bataille d’Alger. Elle a joué des rôles de liaison, de logistique et d’assistance, avant de mourir le 8 octobre 1957 dans l’explosion de la cache du 5, rue des Abdérames, au cœur de la Casbah d’Alger.

Quel était son rôle dans la Bataille d’Alger ?

Son rôle est souvent résumé au « réseau bombe », mais il est plus large : liaisons entre militants, déplacements discrets, soutien logistique, soins et assistance, participation à une organisation clandestine qui devait survivre sous surveillance militaire permanente.

Comment Hassiba Ben Bouali est-elle morte ?

Elle est morte le 8 octobre 1957 dans la Casbah d’Alger, lors de l’assaut contre une cache située au 5, rue des Abdérames. L’explosion a détruit la maison et a tué Hassiba, Ali la Pointe, Mahmoud Bouhamidi et Petit Omar.

Pourquoi le 19 mai 1956 est-il souvent cité dans son parcours ?

Le 19 mai 1956 correspond à la grève des étudiants et lycéens, moment où une partie de la jeunesse bascule vers l’engagement direct. Pour beaucoup, cet épisode marque l’entrée dans la clandestinité ou dans des réseaux d’appui au FLN à Alger.

Où se situe le 5, rue des Abdérames ?

Le 5, rue des Abdérames se trouve dans la Casbah d’Alger. Ce lieu est associé à l’épilogue de la Bataille d’Alger : la cache d’Ali la Pointe et de ses compagnons y a été détruite le 8 octobre 1957.

Lire aussi :

Sources externes (pour aller plus loin)

  • FranceArchives — page de synthèse sur la Bataille d’Alger : https://francearchives.gouv.fr/fr/pages_histoire/39692
  • BU-USTHB (PDF) — document autour du 19 mai 1956 (appel / mémoire universitaire) : https://bu.usthb.dz/wp-content/uploads/2021/05/19-mai-1956.pdf
  • Cairn.info — dossier/histoire sur les réseaux de bombes (accès selon abonnement) : https://shs.cairn.info/magazine-hist-l-hisoire-les-collections-2022-2-page-82
  • DZPatrimoine — notice patrimoniale : https://www.dzpatrimoine.org/hassiba-ben-bouali/
  • Wikipédia — repères biographiques et bibliographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hassiba_Ben_Bouali

Voir aussi : le portrait de Yacef Saâdi, l’article sur Ali la Pointe et nos personnalités algériennes. Abonnez-vous à la rubrique Histoire pour ne rien rater.

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