La ville de Tlemcen en Algérie
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 10 juillet 2017

Tlemcen, surnommée la « Perle du Maghreb » et la « Grenade africaine », est l’une des villes les plus fascinantes d’Algérie. Ancienne capitale du royaume zianide (1236-1554), elle concentre 70% du patrimoine islamique du pays. Ses monuments hispano-mauresques, le sanctuaire de Sidi Boumediene, les ruines grandioses de Mansourah et la citadelle El Mechouar témoignent de trois siècles d’âge d’or. Berceau de la musique gharnati et de l’écrivain Mohammed Dib, Tlemcen fut en 2011 capitale de la culture islamique.
Sommaire
1. Présentation générale
Tlemcen (en arabe : تلمسان ; en berbère : ⵜⵍⴻⵎⵙⵉⵏ, Tlemsin) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située à l’extrême nord-ouest de l’Algérie. Son nom berbère signifierait « les sources » ou « le rassemblement des eaux », référence aux nombreuses sources qui irriguent la région.
Située à 520 km à l’ouest d’Alger, à 140 km au sud-ouest d’Oran et à seulement 76 km de la ville marocaine d’Oujda, Tlemcen occupe une position stratégique au carrefour des routes reliant le Maghreb à l’Andalousie et l’Afrique subsaharienne au littoral méditerranéen.
Les poètes andalous la comparaient souvent à Grenade, lui valant le surnom de « Grenade africaine ». Ibn Khafadja, Lisan al-Din ibn al-Khatib et le soufi Ibn Arabi de Murcie ont tous célébré sa beauté. Un écrivain arabe la décrivait comme « une jeune fiancée sur son lit nuptial ».
Les divers titres attribués à la ville témoignent de son prestige : « Perle du Maghreb », « Médine de l’Occident », « Capitale de l’art andalou en Algérie ».
2. Données géographiques et démographiques
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Population (ville) | ~150 000 habitants |
| Population (wilaya) | ~950 000 habitants |
| Superficie (wilaya) | 9 017 km² |
| Nombre de daïras | 20 daïras, 53 communes |
| Code wilaya | 13 |
| Altitude | 800 m |
| Climat | Méditerranéen semi-aride |
| Distance Alger | 520 km |
| Littoral | 120 km de côtes |
| Taux de boisement | 24% (vocation forestière) |
| Université | Université Abou Bekr Belkaid |
3. Histoire : de Pomaria au royaume zianide
3.1 Antiquité : Pomaria et Altava
À l’emplacement de l’actuelle Tlemcen, les Romains établissent au IIIe siècle deux petites colonies : Pomaria (« les vergers ») dans l’actuel quartier d’Agadir, et Altava à Beni Mimoun. Pomaria était un poste fortifié tenu par une cavalerie d’éclaireurs à l’extrémité occidentale du limes d’Afrique.
3.2 Période islamique : Almoravides et Almohades
XIe siècle : Les Almoravides fondent la médina et construisent la Grande Mosquée (1082), chef-d’œuvre architectural qui demeure l’un des plus anciens monuments islamiques d’Algérie.
XIIe siècle : Les Almohades succèdent aux Almoravides et font de Tlemcen une ville importante du Maghreb unifié.
3.3 L’âge d’or zianide (1236-1554)
Après l’effondrement de l’empire almohade en 1236, Yaghmoracen Ibn Ziane, chef de la tribu berbère zénète des Abdelwadides, fonde un royaume indépendant au Maghreb central. Il choisit Tlemcen pour capitale et règne près de 50 ans (1236-1283).
Le royaume zianide s’étend de Béjaïa à l’est jusqu’à la frontière marocaine à l’ouest, d’Oran au nord jusqu’à Ghardaïa et Ouargla au sud. Tlemcen devient une plaque tournante du commerce transsaharien reliant le port d’Honaine à l’Afrique de l’Ouest via Sijilmassa.
Aux XIIIe-XVe siècles, Tlemcen rayonne comme métropole intellectuelle et artistique. Ibn Khaldoun y séjourne longuement et écrit : « On y cultiva avec succès les sciences et les arts ; on y vit naître des savants et des hommes illustres, dont la réputation s’étendit aux autres pays. » Les médersas de la ville acquièrent une renommée internationale.
3.4 Sièges mérinides et déclin
Convoitée par les Mérinides de Fès et les Hafsides de Tunis, Tlemcen subit plusieurs sièges dévastateurs. Le plus long, de 1299 à 1307 (8 ans !), aurait fait 120 000 morts selon Ibn Khaldoun. C’est durant ce siège que les Mérinides construisent la ville nouvelle de Mansourah.
Un second siège (1335-1337) aboutit à l’occupation mérinide. Malgré ces épreuves, les Tlemcéniens font preuve d’une résistance héroïque.
3.5 Période ottomane et française
1554 : Le corsaire Salah Raïs prend définitivement Tlemcen, marquant la fin de la dynastie zianide. La ville est intégrée à la Régence d’Alger mais ne devient jamais capitale d’un beylik, ce rôle revenant à Mazouna, Mascara puis Oran.
1836 : Les Français occupent Tlemcen après une résistance acharnée menée par l’Émir Abdelkader.
2011 : Tlemcen est désignée capitale de la culture islamique, reconnaissance internationale de son patrimoine exceptionnel.
4. Patrimoine architectural
Tlemcen concentre 70% des sites et monuments islamiques d’Algérie. Son patrimoine couvre les époques almoravide, almohade, zianide, mérinide et ottomane.
Grande Mosquée (1082)
Chef-d’œuvre de l’art almoravide, la Grande Mosquée impressionne par sa salle de prière aux 72 colonnes et son mihrab richement décoré. Son minaret de 29 mètres, ajouté à l’époque zianide par le sultan Abû Tâshfîn, domine la ville.
Citadelle El Mechouar
Ancienne résidence royale des sultans zianides, El Mechouar est un complexe palatial édifié en 1145 par les Almoravides puis embelli par les Zianides. Il abrite le palais royal en cours de restauration et témoigne de la splendeur de la cour zianide.
Ruines de Mansourah
Site le plus impressionnant de Tlemcen, Mansourah (« la Victorieuse ») est une ville nouvelle construite au XIVe siècle par le sultan mérinide Abou Yacoub lors du siège de Tlemcen. Ses ruines s’étendent sur plusieurs hectares avec un minaret monumental de 38 mètres qui domine la plaine.
Mosquées et médersas
Mosquée Sidi Abou l-Hasan (1296), mosquée Awlâd al-Imâm (1310), médersa Khaldounia (1347) où enseigna Ibn Khaldoun, mosquée Sidi Al-Yidun (période ottomane).
5. Sidi Boumediene et le soufisme
Dans le quartier d’El Eubbad, sur les hauteurs de Tlemcen, se trouve le sanctuaire de Sidi Boumediene, l’un des lieux de pèlerinage les plus visités d’Algérie.
Le saint patron de Tlemcen
Abou Madyane Chouaïb (1126-1198), surnommé Sidi Boumediene, est né à Cantillana près de Séville. Formé au soufisme à Fès puis au Moyen-Orient auprès de Sidi Abdelkader El-Djilali, il enseigne à Béjaïa avant de s’installer près de Tlemcen où il meurt en 1198.
Considéré comme le « Qutb » (pôle) du soufisme et le « Ghawth » (recours suprême), il est le fondateur de la principale source initiatique du soufisme au Maghreb et en Andalousie. Ibn Arabi l’appelait « le professeur des professeurs ».
Le complexe religieux
Le mausolée, construit par le calife almohade Muhammad an-Nasir puis embelli par les Zianides, forme avec la mosquée (construite en 1339 par le sultan mérinide Abou l’Hassan) un ensemble architectural remarquable.
Le complexe comprend également la médersa Khaldounia (1347) où Ibn Khaldoun enseigna, le Dar es-Sultan (petit palais), une zaouïa et des bains. L’architecture associe élégance almohade et ornementation zianide avec calligraphie, zelliges et stucs ciselés.
La monumentale porte en bronze ciselé, selon la légende arrivée miraculeusement d’Espagne par la mer, porte un heurtoir symbolisant la phrase : « Voici Tlemcen, frappez et l’on vous ouvrira ».
6. Sites et attractions
Plateau Lalla Setti
Point de vue panoramique dominant la ville, accessible par téléphérique. Vue spectaculaire sur Tlemcen, les montagnes environnantes et jusqu’au Maroc par temps clair. Parc de loisirs et restaurants.
Cascades d’El-Ourit
À quelques kilomètres de la ville, ces cascades pittoresques offrent un havre de fraîcheur. Le site est entouré de jardins et de vergers, rappelant pourquoi les Romains nommaient la région « Pomaria » (les vergers).
Grottes de Beni Add
Grottes karstiques spectaculaires avec stalactites et stalagmites, parmi les plus belles d’Algérie.
Parc national de Tlemcen
Créé en 1993, il protège 8 225 hectares de forêts de chênes verts, chênes-lièges et pins d’Alep. Faune variée : sangliers, singes magots, aigles, buses.
Ghazaouet et les plages
La wilaya dispose de 120 km de littoral avec le port mixte de Ghazaouet et des stations balnéaires comme Honaine, Marsa Ben Mhidi et Sidna Youchaa.
Musées
Musée national d’art et d’histoire (inauguré 2009), Musée Moudjahid (Wilaya V), consacrés à l’histoire zianide et à la guerre d’indépendance.
7. Wilayas limitrophes
| Wilaya | Direction | Distance | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Aïn Témouchent | Nord-Est | ~70 km | Côte méditerranéenne, vignobles |
| Sidi Bel Abbès | Est | ~80 km | Hauts plateaux, agriculture |
| Naâma | Sud | ~200 km | Hauts plateaux steppiques |
| Maroc (Oujda) | Ouest | 76 km | Frontière fermée |
| Mer Méditerranée | Nord | 40 km | 120 km de littoral |
La proximité avec Oran (140 km) permet de combiner la visite des deux grandes villes de l’Ouest algérien.
8. Gastronomie
La cuisine tlemcénienne est réputée pour sa finesse, héritière des traditions andalouses et ottomanes. Elle est considérée comme l’une des plus raffinées d’Algérie. Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.
Plats emblématiques
Mhawer : Agneau aux amandes et raisins secs, plat de fête emblématique.
Tcharek : Croissants aux amandes, pâtisserie raffinée.
Karantika : Flan de pois chiches cuit au four, spécialité de l’Ouest.
Rechta : Pâtes fraîches en sauce blanche, plat festif.
Chorba beïda : Soupe blanche au poulet et cannelle.
Pâtisseries
Makroud el louz : Losanges aux amandes.
Griwech : Beignets au miel en forme de rose.
Kalb el louz : Gâteau de semoule aux amandes imbibé de sirop.
Pour plus de recettes, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.
9. Culture et personnalités
La musique gharnati
Tlemcen est le berceau de la musique gharnati (de Gharnata, Grenade en arabe), variante locale de la musique arabo-andalouse. Cet art raffiné, hérité de l’Andalousie médiévale, s’est épanoui dans la cité zianide et demeure vivant aujourd’hui. Pour explorer les genres musicaux algériens, consultez notre article sur la musique andalouse.
Personnalités célèbres
Ibn Khaldoun (1332-1406) : Le célèbre historien, philosophe et père de la sociologie moderne séjourna longuement à Tlemcen et enseigna à la médersa Khaldounia.
Sidi Boumediene (1126-1198) : Grand mystique soufi, saint patron de la ville.
Mohammed Dib (1920-2003) : Écrivain majeur de la littérature algérienne moderne, né à Tlemcen. Son roman La Grande Maison (1952) décrit la vie dans une maison collective tlemcénienne. Consultez notre article sur la littérature algérienne.
Messali Hadj (1898-1974) : Père du nationalisme algérien, né à Tlemcen, fondateur de l’Étoile Nord-Africaine. Découvrez sa biographie sur notre page Messali Hadj.
Tlemcen 2011, capitale de la culture islamique
Cette distinction internationale a permis la restauration de nombreux monuments et la construction de nouveaux équipements culturels, consacrant Tlemcen comme haut lieu du patrimoine islamique.
10. Artisanat et traditions
La Chedda de Tlemcen
Le costume nuptial traditionnel de Tlemcen, la Chedda, est classé au patrimoine culturel immatériel. Cet ensemble somptueux comprend caftan en velours brodé d’or, coiffe ornée de bijoux, ceinture et accessoires. Il témoigne du savoir-faire raffiné des artisans tlemcéniens hérité de l’Andalousie.
Artisanat
Tissage de soie dorée avec le métier traditionnel « Lemremma », broderies au fil d’or, bijoux en argent et en or, poterie de Baidar (Marsa Ben Mhidi), cuivre ciselé, maroquinerie, tapis et burnous. Pour découvrir l’artisanat algérien, consultez notre article sur les arts traditionnels algériens.
Carnaval Ayrad
À Beni Snous, le carnaval traditionnel Ayrad célèbre Yennayer, le nouvel an amazigh. Cette pratique ancestrale, inscrite au patrimoine culturel national immatériel, conserve ses spécificités avec costumes de peaux de bêtes et masques.
11. Questions fréquentes
Pourquoi Tlemcen est-elle surnommée la « Perle du Maghreb » ?
Tlemcen doit ce surnom à son patrimoine exceptionnel et à son âge d’or sous les Zianides (1236-1554). Ancienne capitale d’un royaume qui s’étendait sur tout le Maghreb central, elle concentre 70% des monuments islamiques d’Algérie. Les poètes andalous la comparaient à Grenade. Son architecture hispano-mauresque, ses médersas renommées et son rayonnement intellectuel en firent une métropole majeure du monde musulman médiéval.
Qui était Sidi Boumediene ?
Sidi Boumediene (Abou Madyane Chouaïb, 1126-1198) est le saint patron de Tlemcen et le fondateur du soufisme au Maghreb. Né près de Séville, formé à Fès et au Moyen-Orient, il enseigna à Béjaïa avant de mourir près de Tlemcen. Son mausolée et la mosquée adjacente, dans le quartier d’El Eubbad, sont parmi les plus beaux exemples d’architecture mérinide. Le site attire des milliers de pèlerins chaque année.
Qu’est-ce que le royaume zianide ?
Le royaume zianide (1236-1554) est un État berbère fondé par Yaghmoracen Ibn Ziane après la chute des Almohades. Avec Tlemcen pour capitale, il s’étendait sur le Maghreb central (l’Algérie actuelle). Plaque tournante du commerce transsaharien, centre intellectuel majeur, il rivalisa avec les Mérinides de Fès et les Hafsides de Tunis. Le royaume prit fin avec l’annexion ottomane en 1554.
Que visiter à Tlemcen ?
Les sites incontournables sont : le complexe de Sidi Boumediene (mosquée, mausolée, médersa), les ruines de Mansourah et son minaret de 38 m, la Grande Mosquée almoravide (1082), la citadelle El Mechouar, le plateau Lalla Setti (téléphérique, panorama), les cascades d’El-Ourit, les grottes de Beni Add, le musée d’art et d’histoire. Sans oublier les plages de Ghazaouet et Honaine. Meilleure période : octobre à mai.
Comment se rendre à Tlemcen ?
Par avion : aéroport Zenata-Messali El Hadj avec liaisons vers Alger et Paris. Par la route : 520 km d’Alger via l’autoroute Est-Ouest, 140 km d’Oran. Par train : ligne ferroviaire depuis Oran. La ville est bien desservie par un réseau routier dense (4 188 km). Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.
Qu’est-ce que la Chedda de Tlemcen ?
La Chedda est le costume nuptial traditionnel de Tlemcen, classé au patrimoine culturel immatériel. Cet ensemble somptueux d’origine andalouse comprend un caftan en velours brodé d’or, une coiffe ornée de bijoux (chekka), une ceinture (hzam) et de nombreux accessoires. Porté par la mariée le jour du henné, il témoigne du raffinement artisanal tlemcénien et peut peser jusqu’à 10 kg avec tous les bijoux.







































































































































































































































































































































































































































































































































































































