La ville de Batna en Algérie
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 10 juillet 2017

Batna, cinquième ville d’Algérie et capitale historique des Aurès, est le cœur battant de la culture chaouie. Perchée à 1 058 m d’altitude — la plus haute grande ville du pays —, elle garde les portes d’un patrimoine exceptionnel : Timgad, la « Pompéi de l’Afrique du Nord » classée UNESCO, le mausolée Medracen vieux de 2 300 ans, et les cèdres millénaires du parc de Belezma. Berceau de la Révolution du 1er novembre 1954 avec Mostefa Ben Boulaïd, les Aurès demeurent le symbole de la résistance algérienne.
Sommaire
1. Présentation générale
La wilaya de Batna occupe une position stratégique au Nord-Est de l’Algérie, à la jonction de l’Atlas tellien et de l’Atlas saharien. Située à environ 425 km au sud-est d’Alger et à mi-chemin entre Constantine (110 km au nord) et Biskra (120 km au sud), elle constitue depuis toujours un carrefour vital entre le Tell et le Sahara.
Le nom « Batna » (en chaoui : Bathneth) serait d’origine berbère. La ville a été fondée en 1844 par le colonel français Buttafoco comme camp militaire, sur un site qui ne comptait alors que quelques vestiges de villas romaines et des marécages. Devenue carrefour incontournable, elle s’est rapidement développée pour devenir la « capitale des Aurès ».
La région est principalement peuplée de Chaouis, Berbères souvent trilingues (chaoui, arabe algérien, français). C’est le cœur du « pays chaoui » qui compte près d’un million de berbérophones. Batna est aussi une ville cosmopolite qui a accueilli historiquement des populations diverses : Kabyles, Mozabites, Arabes de diverses régions, et autrefois des communautés européennes et juives.
2. Données géographiques et démographiques
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Population (wilaya) | ~1 200 000 habitants (5e rang national) |
| Population (ville) | ~400 000 habitants (5e ville d’Algérie) |
| Superficie | 12 038 km² |
| Nombre de daïras | 21 daïras, 61 communes |
| Code wilaya | 05 |
| Altitude (ville) | 1 058 m (plus haute grande ville d’Algérie) |
| Point culminant | Djebel Chélia : 2 328 m (plus haut sommet enneigé d’Algérie) |
| Climat | Semi-aride continental, neige en hiver |
| Aéroport | Aéroport Mostefa Ben Boulaïd (30 km du centre) |
| Université | Université de Batna 1 et 2 (Mostefa Ben Boulaïd) |
3. Histoire : des Numides à l’indépendance
3.1 Préhistoire et période numide
La région des Aurès est habitée depuis la préhistoire par des populations berbères, principalement les Gétules (Zénètes). Le mausolée Medracen, datant du IIIe siècle av. J.-C., atteste de la puissance des rois Massyles, prédécesseurs de Massinissa. Selon Ibn Khaldoun, Madghis (qui donna son nom au monument) serait l’ancêtre des Berbères et notamment de la célèbre reine Kahina.
La région était un centre névralgique du royaume de Numidie. Les Romains y reconnaissaient une position stratégique exceptionnelle : au croisement de la route Constantine-Biskra (nord-sud) et des accès aux vallées de l’Aurès (est-ouest).
3.2 La romanisation et Timgad
En l’an 100, l’empereur Trajan fonde la colonie de Thamugadi (Timgad) pour les vétérans de la IIIe Légion Auguste stationnée à Lambèse (Tazoult). Cette cité devient l’exemple parfait de l’urbanisme romain en Afrique du Nord, avec son plan orthogonal, son forum, ses thermes et son théâtre de 3 500 places.
La région prospère pendant trois siècles. Timgad compte jusqu’à 15 000 habitants et devient un important centre commercial et religieux — notamment un bastion du donatisme, mouvement chrétien dissident. L’invasion vandale (430) puis la reconquête byzantine (533) marquent le déclin de la cité.
3.3 Le royaume berbère de l’Aurès
Après la chute de Rome, les Aurès deviennent le siège d’un royaume berbère indépendant. Le roi Masties fonde ce royaume en 484, avec Arris pour capitale. Son successeur Iaudas tient en échec les armées byzantines. Au VIIe siècle, la reine guerrière Dihya (la Kahina) résiste farouchement à la conquête arabe avant d’être vaincue vers 702.
3.4 Période ottomane et colonisation française
Sous domination ottomane, les Aurès conservent une large autonomie tribale. En 1844, reconnaissant l’importance stratégique du site, l’armée française établit un camp militaire à l’emplacement actuel de Batna. La ville se développe rapidement comme centre de contrôle de la région.
Plusieurs révoltes éclatent contre la colonisation, notamment celle des Zaatcha (1849). La région reste un foyer de résistance permanent. En 1956, Batna devient chef-lieu de département.
3.5 Berceau de la Révolution (1954)
Mostefa Ben Boulaïd (1917-1956), né à Arris dans une famille chaouie aisée, est l’un des « six chefs historiques » du FLN. Il préside la « Réunion des 22 » du 25 juin 1954 et dirige les opérations du 1er novembre 1954 (« Toussaint rouge ») dans les Aurès, principal foyer de l’insurrection.
Plus de 500 combattants et 1 500 agents de liaison se soulèvent dans la région. Les Aurès constituent la Wilaya I historique (1954-1962) et l’une des régions les plus actives de la guerre d’Algérie. Ben Boulaïd est tué le 22 mars 1956 par un poste radio piégé parachuté par l’armée française. L’aéroport et l’université de Batna portent aujourd’hui son nom. Pour approfondir cette période, consultez notre catégorie Guerre d’Algérie.
4. Timgad : la Pompéi africaine (UNESCO)
Timgad (Thamugadi), surnommée la « Pompéi de l’Afrique du Nord », est l’un des sites archéologiques les mieux préservés de l’Empire romain. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982, elle offre un témoignage exceptionnel de l’urbanisme et de la vie quotidienne romaine.
Fondation et plan urbain
Fondée en l’an 100 par l’empereur Trajan comme colonie pour les vétérans de la IIIe Légion Auguste, Timgad présente un plan orthogonal parfait commandé par le cardo et le decumanus, les deux voies perpendiculaires qui traversaient la ville. Son enceinte carrée initiale (12 hectares) s’étendra jusqu’à 90 hectares à son apogée.
Monuments remarquables
Le théâtre : Joyau du site avec ses 3 500 places parfaitement conservées, il accueille chaque été le Festival international de Timgad, l’un des plus anciens festivals culturels d’Algérie (créé en 1969).
L’Arc de Trajan : Monument emblématique de 12 m de hauteur à l’entrée occidentale de la cité, témoignage exceptionnel de l’art décoratif romain.
La bibliothèque : L’une des rares bibliothèques romaines conservées, elle témoigne du niveau culturel élevé de la cité.
Les thermes : 14 établissements thermaux identifiés, révélant la sophistication des techniques hydrauliques romaines (système de chauffage par hypocauste).
Les mosaïques : Plus de 200 pavements découverts, illustrant des scènes mythologiques, des motifs géométriques et la faune africaine.
Informations pratiques
Timgad se situe à 35 km à l’est de Batna. Le site est accessible par la RN31 puis la route de Timgad. Un musée présente les objets découverts lors des fouilles. Le Festival international de Timgad se tient chaque été (généralement en juillet-août) dans un nouveau théâtre de plein air construit à l’extérieur du site archéologique pour préserver les vestiges.
5. Le mausolée Medracen
Le Medracen (ou Imedghassen) est le plus ancien mausolée royal d’Afrique du Nord, datant du IIIe siècle av. J.-C. Situé à 35 km au nord-est de Batna, sur le territoire de la commune de Boumia, ce monument numide est considéré comme « le plus beau et le plus important site berbère de l’Algérie ».
Architecture et dimensions
Le Medracen se présente sous la forme d’un immense tumulus cylindrique de 58,9 m de diamètre et 18,5 m de hauteur. Il est surmonté d’un cône à 24 gradins et orné sur son périmètre de 60 demi-colonnes doriques et trois fausses portes. Cette architecture, typiquement berbère (bazina à degrés), présente également des influences puniques et grecques.
Signification historique
Selon l’historien Ibn Khaldoun, le monument serait dédié à Madghis, père fondateur de la Numidie et ancêtre des Berbères de la branche Botr (Zénètes, Maghraouas, Mérinides, Zianides). Pour Gabriel Camps, le Medracen serait le tombeau des rois Massyles, prédécesseurs de Massinissa.
La légende locale rapporte que la reine Kahina venait se recueillir devant ce mausolée. L’aéroport de Batna porta d’abord le nom de Medracen avant d’être rebaptisé Mostefa Ben Boulaïd.
Classement et préservation
Proposé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2002, le Medracen est classé parmi les 100 monuments les plus menacés au monde. Des travaux de restauration ont été entrepris pour préserver ce témoignage unique de la civilisation numide. En 2015, des fouilles ont mis au jour une galerie de 7 m et un mobilier funéraire (poteries, monnaie en bronze).
6. Autres sites et monuments
Lambèse (Tazoult)
Lambèse (Lambaesis), à 15 km à l’est de Batna, était le quartier général de la IIIe Légion Auguste, la seule légion romaine stationnée en Afrique. Le site conserve les vestiges du camp légionnaire, du prétoire et de nombreux monuments. Un musée présente les découvertes archéologiques.
Le Parc national de Belezma
Le parc national de Belezma abrite une exceptionnelle cédraie de cèdres de l’Atlas, certains millénaires. La végétation dense et diversifiée (chênes verts, pins d’Alep) contraste avec les paysages semi-arides environnants. Le parc animalier de Djerma (zoo de Seriana) en constitue la porte d’entrée.
Les Balcons de Ghoufi
Les Balcons de Ghoufi offrent un panorama spectaculaire sur les gorges de l’oued Abiod. Les villages troglodytiques accrochés aux falaises témoignent de l’habitat traditionnel chaoui. C’est l’un des paysages les plus photographiés des Aurès.
Autres curiosités
Le Djebel Chélia (2 328 m) : Plus haut sommet enneigé d’Algérie, partagé avec la wilaya de Khenchela, il offre des possibilités de randonnée et de ski en hiver.
Les sources thermales : La wilaya compte huit sources d’eau chaude, dont le hammam Guedjima à Gosbat (40,8°C).
Le Chott el Hodna : Vaste lac salé partagé avec la wilaya de M’Sila.
7. Wilayas limitrophes
| Wilaya | Direction | Distance | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Constantine | Nord | ~110 km | Ville des ponts, Cirta antique |
| Mila | Nord-Ouest | ~100 km | Milevum antique |
| Oum El Bouaghi | Nord-Est | ~70 km | Chaouis des plaines, Sigus |
| Khenchela | Est | ~100 km | Aurès oriental, Djebel Chélia |
| Biskra | Sud | ~120 km | Porte du Sahara, dattes |
| M’Sila | Sud-Ouest | ~150 km | Hodna, Bou Saâda |
| Sétif | Ouest | ~130 km | Djémila UNESCO, Hauts Plateaux |
8. Gastronomie chaouie
La cuisine des Aurès est l’une des plus authentiques d’Algérie, ancrée dans les traditions berbères et le terroir montagnard. Elle privilégie les céréales, les viandes et les produits laitiers. Pour découvrir l’ensemble des spécialités algériennes, consultez notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.
Plats emblématiques
Chakhchoukha : Plat emblématique des Aurès, composé de galettes de semoule (rougag) émiettées et nappées d’une sauce rouge épicée à la viande d’agneau et aux pois chiches. C’est le plat festif par excellence.
Couscous chaoui : Préparé traditionnellement avec de la semoule d’orge, accompagné de légumes de saison (navets, carottes, courgettes) et de viande de mouton.
Aïch : Bouillie de semoule d’orge, plat ancestral et nourrissant consommé au petit-déjeuner ou comme repas reconstituant.
Rechta : Pâtes traditionnelles fines servies avec une sauce blanche au poulet.
Berkoukes : Petites pâtes roulées à la main, cuites dans un bouillon de légumes et viande.
Produits du terroir
La région est réputée pour son huile d’olive, ses figues sèches, ses dattes et son miel de montagne. L’élevage ovin fournit une viande de qualité et des produits laitiers traditionnels (leben, beurre). Les abricots de la région sont particulièrement appréciés. Pour les recettes détaillées, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.
9. Économie et développement
Pôle industriel et universitaire
Batna s’est développée comme pôle industriel à partir des années 1960-70, dans le cadre de la politique de développement des Hauts Plateaux. Une zone industrielle a été créée en 1974, accueillant diverses unités de production. L’université de Batna, créée en 1977 et devenue université à part entière en 1989, compte aujourd’hui deux pôles (Batna 1 et Batna 2 Mostefa Ben Boulaïd) et constitue un moteur du développement régional.
Agriculture et élevage
L’agriculture reste importante : céréaliculture (blé, orge) sur les plateaux, arboriculture (oliviers, abricotiers, figuiers), maraîchage irrigué. L’élevage ovin est traditionnel dans les montagnes. Le barrage de Timgad, finalisé dans les années 2000, soutient le développement agricole.
Tourisme culturel
Le patrimoine exceptionnel de la wilaya (Timgad, Medracen, Ghoufi, Belezma) offre un potentiel touristique considérable encore sous-exploité. Le Festival international de Timgad attire chaque été des milliers de visiteurs. Des projets de développement touristique sont en cours, notamment autour des zones d’expansion touristique. Pour planifier votre séjour, consultez notre guide des hôtels en Algérie.
10. Culture et traditions
La musique chaouie
La musique chaouie est un patrimoine immatériel d’une grande richesse. Le style Rahaba (chants polyphoniques accompagnés de bendir et gasba) est ancestral. Parmi les artistes emblématiques : Aïssa Djermouni (premier Algérien à l’Olympia en 1937), Khelifi Ahmed, Houria Aïchi, Djamel Sabri. Le chanteur Abdelhamid Ababsa, né à Barika, est célèbre pour sa chanson « Hyzia ».
Le Festival de Timgad
Créé en 1969, le Festival international de Timgad est l’un des plus anciens et prestigieux festivals culturels d’Algérie. Initialement organisé dans le théâtre antique, il se tient désormais dans un nouveau théâtre de plein air pour préserver le site UNESCO. Il accueille des artistes algériens et internationaux.
Artisanat et traditions
L’artisanat chaoui se distingue par ses bijoux traditionnels (fibules, bracelets), ses tapis aux motifs géométriques, sa poterie et ses produits en cuir. Les costumes traditionnels (robes chaouies brodées, burnous) sont portés lors des fêtes. Pour découvrir ces savoir-faire, consultez notre article sur les arts traditionnels algériens.
Radio Aurès / Radio Batna
La radio régionale de Batna (anciennement Radio Aurès), créée en 1994, diffuse en chaoui et en arabe. Elle joue un rôle important dans la préservation et la promotion de la langue et de la culture chaouies.
11. Questions fréquentes
Pourquoi Batna est-elle appelée « capitale des Aurès » ?
Batna est considérée comme la capitale historique des Aurès car c’est la plus grande ville de cette région montagneuse du Nord-Est algérien, peuplée majoritairement de Chaouis berbères. Cinquième ville d’Algérie avec environ 400 000 habitants, elle est le centre administratif, économique, universitaire et culturel de la région. Son rôle central dans la Révolution de 1954 (Wilaya I historique) et son patrimoine exceptionnel (Timgad, Medracen) renforcent ce statut symbolique.
Qu’est-ce que Timgad et pourquoi est-elle classée UNESCO ?
Timgad (Thamugadi) est une cité romaine fondée en l’an 100 par l’empereur Trajan, surnommée la « Pompéi de l’Afrique du Nord ». Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982, elle présente un état de conservation exceptionnel et un plan orthogonal parfait, considéré comme l’exemple type de l’urbanisme romain. Ses monuments (théâtre de 3 500 places, arc de Trajan, bibliothèque, 14 thermes, plus de 200 mosaïques) témoignent de trois siècles de romanisation en Afrique du Nord.
Qu’est-ce que le mausolée Medracen ?
Le Medracen (ou Imedghassen) est le plus ancien mausolée royal d’Afrique du Nord, datant du IIIe siècle av. J.-C. Situé à 35 km de Batna, ce tumulus de 58,9 m de diamètre et 18,5 m de hauteur, orné de 60 colonnes doriques, serait le tombeau des rois Massyles (prédécesseurs de Massinissa). Proposé au patrimoine mondial UNESCO, il est malheureusement classé parmi les 100 monuments les plus menacés au monde.
Qui était Mostefa Ben Boulaïd ?
Mostefa Ben Boulaïd (1917-1956), né à Arris dans les Aurès, est l’un des six « chefs historiques » du FLN et le « père de la Révolution algérienne ». Il a présidé la « Réunion des 22 » (juin 1954) et dirigé les opérations du 1er novembre 1954 dans les Aurès, principal foyer de l’insurrection. Arrêté en 1955, il s’évade de prison avant d’être tué le 22 mars 1956 par un poste radio piégé. L’aéroport et l’université de Batna portent son nom.
Que visiter à Batna et dans les Aurès ?
Les sites incontournables sont : Timgad (cité romaine UNESCO, 35 km), le mausolée Medracen (35 km), Lambèse/Tazoult (camp de la IIIe Légion), les Balcons de Ghoufi (villages troglodytiques), le parc national de Belezma (cèdres millénaires), le Djebel Chélia (plus haut sommet enneigé d’Algérie). Le Festival de Timgad (juillet-août) est un événement culturel majeur. La ville de Batna elle-même offre le musée régional et l’architecture coloniale du centre.
Quelles sont les spécialités culinaires de Batna ?
La gastronomie chaouie est riche en plats traditionnels : la chakhchoukha (galettes émiettées en sauce épicée), le couscous d’orge, l’aïch (bouillie), le berkoukes (petites pâtes), la rechta. Les produits du terroir incluent l’huile d’olive, les figues sèches, le miel de montagne, les abricots et la viande d’agneau des Aurès. La cuisine chaouie privilégie les céréales et les viandes mijotées.
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