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Musique Haouzi

Poésie Chantée • XVIe siècle

Musique Haouzi
La Voix Populaire de Tlemcen

Né dans les faubourgs de la cité millénaire, le haouzi est le pont entre la musique savante andalouse et l’expression populaire. Depuis cinq siècles, ses poèmes d’amour et de sagesse résonnent dans tout le Maghreb.

🏛️ Tlemcen • Berceau du haouzi
📍 Alger • Constantine • Blida
🎸 Oud • Violon • Derbouka

🎵 Fiche du Genre Musical
📜
Genre
Poésie Chantée
Citadine populaire
📍
Origine
Tlemcen
Faubourgs • XVIe siècle
🎸
Instruments
Oud, Violon
+ Rbab, Derbouka
👤
Fondateur
Saïd El-Mendassi
1583 — 1677

Le haouzi est le genre poético-musical populaire le plus élaboré d’Algérie. Né dans les faubourgs de Tlemcen au XVIe siècle, il dérive du gharnati et adapte l’art poétique arabo-andalou à la langue populaire. Intermédiaire entre musique savante et expression du peuple, il a inspiré le chaâbi et continue de charmer les mélomanes de tout le Maghreb.

« Tlemcen a créé le haouzi et Constantine l’a remodelé. »

— Cheikh Toumi et les maîtres du malouf

🏛️
Origines et étymologie

Le haouzi (الحوزي) est un genre poético-musical citadin né dans les faubourgs de Tlemcen au XVIe siècle. Il dérive du gharnati, le répertoire de musique arabo-andalouse de l’école de Tlemcen, héritière de Grenade.

Le mot haouzi provient de l’arabe hawz qui signifie « périphérie » ou « alentours ». Il désigne à l’origine « Tlemcen extra-muros », car les poètes de ce genre, souvent exilés durant le règne des rois mérinides, ne pouvaient s’installer directement dans la cité. Une autre interprétation considère le terme comme « irrégulier », une production qui se situe dans un rapport de filiation problématique avec la norme de la nouba.

📖 Ce qui distingue le haouzi
  • Langue populaire — dialecte raffiné de Tlemcen
  • Longues pièces — strophes en refrains (aqfal) et couplets (adouar)
  • Thèmes — amour, beauté, repentance, sagesse
  • Interprété en solo ou en groupe
🌍 Filiation musicale
  • Zadjal → ancêtre andalou
  • Gharnati → musique savante mère
  • Haouzi → expression populaire
  • Chaâbi → dérivé moderne
📜 Contexte historique

Le haouzi naît à une période charnière : la fin du règne zianide (1554) et l’arrivée des Ottomans. Ibn Khaldoun (XIVe siècle) évoquait déjà dans sa Muqaddima un poète Ibn El Mouedden pratiquant l’« aroudh el-balad » (poésie métrique locale) à Tlemcen. Ce genre compense l’arabe littéraire des élites par une langue populaire accessible à tous.

✍️
Les grands poètes du haouzi

Les auteurs du haouzi sont généralement originaires de Tlemcen et de ses alentours. Leurs poèmes, datant pour la plupart des XVIIe et XVIIIe siècles, sont une source précieuse sur les mœurs, les mentalités et l’évolution de la langue.

👑
Fondateur

Saïd El-Mendassi

1583 — 1677 • Tlemcen / Maroc

Fondateur du melhoun citadin et du haouzi. Originaire de Mendès (près de Relizane), il s’exile au Maroc vers 1650 et devient le barde attitré du sultan Moulay Ismaïl. Maître d’Ahmed Bentriki, il a dominé la scène du melhoun après Lakhdar Ben Khlouf.

Ahmed Bentriki

1650-1750 • dit « Ben Zengli »

« Chantre du printemps et de l’amour ». Élève de Mendassi, kouloughli (père turc, mère arabe). Auteur de Rebiia (Printanières), hymne à la nature. Banni de Tlemcen pour avoir chanté les femmes des familles.

Mohammed Benmsayeb

Fin XVIIe — 1768

Le plus populaire des poètes algériens. Près de 600 pièces, surtout mystiques. Auteur de El-hourm ya Rasoul Allah, supplique au Prophète chantée dans les mariages et circoncisions.

Boumédiène Bensahla

XVIIIe siècle • Tlemcen

Fils de Mohamed Bensahla, lui-même poète. Ses pièces sont une source d’informations sur les mœurs de l’époque et l’évolution de la langue dialectale tlemcénienne.

Lakhdar Ben Khlouf

XVIe siècle • Ouest algérien

Grand précurseur du melhoun. Auteur du célèbre poème sur la bataille de Mazagran (1558). Ses accents mystiques sont parmi les plus « orthodoxes » de la poésie populaire.

🎵 Poèmes célèbres du haouzi
  • El-hourm ya Rasoul Allah — Benmsayeb • Supplique au Prophète (mariages)
  • Mal habibi malou — Benmsayeb • Hymne amoureux
  • Rebiia (Printanières) — Bentriki • Ode au printemps et aux fleurs
  • Fiq ya nayam — Bentriki • « Réveille-toi, endormi »
  • El-werchan — Benmsayeb • La colombe messagère vers Médine

🎼
Caractéristiques musicales

Le haouzi est considéré comme un genre intermédiaire entre la musique savante arabo-andalouse et la musique populaire. Il emprunte les modes (tubû’) au gharnati tout en adoptant une expression plus accessible.

🎵 Les 8 modes du haouzi

Le haouzi emprunte 8 modes sur les 16 connus dans le répertoire andalou algérien :

Moual
Âraq
Ghrib
Reml Maya
Jarka
Zidane
Sika
Mazmoum
🎸 Instruments traditionnels
  • Oud — Luth, instrument central
  • Rbab — Vièle à archet
  • Violon / Alto
  • Derbouka — Percussion
  • Târ — Tambourin
🎭 Variantes du haouzi
  • M’senaa — Style raffiné
  • Goubahi — Variante locale
  • Bérouali — Rythme distinct
  • Zendali — Chant et danse pour femmes

🎤
Interprètes légendaires

De nombreux maîtres ont fait rayonner le haouzi à travers le temps. La musique s’est transmise par une longue lignée de musiciens tlemcéniens, de Cheikh Larbi Bensari jusqu’aux interprètes contemporains.

Cheikh Larbi Bensari

1863-1964 • Tlemcen

Représentant de l’Algérie au Congrès de musique arabe du Caire en 1932. Patriarche du gharnati et du haouzi, maître de nombreux musiciens dont son fils Redouane et Abdelkrim Dali.

Abdelkrim Dali

1914-1978 • Tlemcen / Alger

Maître incontesté, il fusionne le gharnati de Tlemcen et la sanâa d’Alger. Auteur de Saha Aidkoum et Brahim El Khalil. Professeur au Conservatoire d’Alger, 700 heures d’enregistrements.

Cheikha Tetma

1891-1962 • Tlemcen

Grande voix féminine du haouzi tlemcénien. A formé de nombreux artistes dont Abdelkrim Dali. Animait fêtes familiales et galas avec son orchestre.

Fadhéla Dziria

1917-1970 • Alger

Figure marquante de la chanson citadine haouzi à Alger. Son style élégant a marqué des générations de mélomanes algériens.

Nouri Koufi

Contemporain • Tlemcen

Figure de proue actuelle du haouzi et du aroubi. Oudiste et chanteur « charmeur », élève d’Abdelkrim Dali. Interprète de Lala Malika, Ana el kawi.

Brahim Hadj Kacem

Contemporain • Tlemcen / Paris

Natif de Tlemcen, interprète le répertoire andalou depuis l’âge de 9 ans. Maîtrise le banjo, le luth, le violon et le rbab. A enregistré les noubas Ghrib et Sika.

🎤 Autres voix du haouzi
  • Redouane Bensari
  • Dahmane Ben Achour
  • El Hadj Mohamed El Ghaffour
  • Sadek El Bédjaoui
  • Bahdja Rahal
  • Nassima Chaâbane
  • Lila Borsali
  • Noureddine Saoudi
  • Reinette l’Oranaise
  • Zhor Fergani

🗺️
Variantes régionales

Produit du syncrétisme andalou et autochtone, né dans l’Ouest algérien, le haouzi est adopté par la majorité de la population algérienne. Des déclinaisons locales apparaissent à Alger et Constantine, avec des instruments et influences propres à chaque région.

🏛️

Haouzi de Tlemcen

Le berceau originel. Utilise le dialecte raffiné tlemcénien et les rythmes du gharnati. Le répertoire le plus riche et le plus authentique.

🌆

Aroubi d’Alger

Variante algéroise utilisant le langage « fahs » (populaire) d’Alger avec les rythmes de la sanâa. A donné naissance au chaâbi.

🌉

Haouzi de Constantine

« Constantine l’a remodelé ». Les mêmes paroles mais des mélodies différentes, intégré au répertoire du malouf. Zhor Fergani en était une grande interprète.

🎭 Genres apparentés au haouzi
  • Aroubi — Variante avec le langage populaire d’Alger
  • Mahjouz — Genre populaire dérivé du malouf (Constantine)
  • Chaâbi — Dérivé moderne né à Alger au XXe siècle
  • Medh / Sama’a — Chants religieux utilisant parfois les poèmes du haouzi
  • Melhoun — Équivalent marocain né au XVe siècle

🏛️
Patrimoine et transmission

Le haouzi constitue un élément essentiel de l’identité musicale algérienne. Des initiatives sont mises en œuvre pour garantir sa pérennité : festivals, enseignement dans les conservatoires, et transmission familiale.

🎪 Festival national du Haouzi

Organisé chaque année au Grand Bassin de Tlemcen, le Festival national du Haouzi réunit les associations de musique andalouse de toute l’Algérie. L’édition 2010 a rendu hommage aux poètes Cheikh El-Mendassi et Cheikh Bentriki.

Participants : Dar Gharnata (El-Koléa), Ibn Badja (Mostaganem), Errachidia (Mascara), El-Adabia (Blida), El-Inchirah (Constantine), Ennahda (Oran), El-Mouahidia (Nedroma)…

📚 Publications et recherches
  • Dîwân Ben Msâyeb — M. Belkhoucha
  • Anthologie du chant arubi et hawzi — M.S. Dib & N. Maarouf
  • Tlemcen florilège — Benali El Hassar
  • Mouachahat oua Ezdjal — SNED
🎓 Transmission
  • Conservatoires — Alger, Tlemcen
  • Associations musicales — nombreuses en Algérie
  • Fondation Abdelkrim Dali — créée en 2008
  • Transmission orale — de maître à élève


Questions fréquentes

Qu’est-ce que le haouzi ?

Le haouzi est un genre poético-musical citadin né dans les faubourgs de Tlemcen au XVIe siècle. Dérivé du gharnati, il se distingue par l’emploi de la langue populaire dialectale. C’est un genre intermédiaire entre musique savante et expression du peuple.

Que signifie le mot haouzi ?

Le mot provient de l’arabe hawz signifiant « périphérie » ou « alentours ». Il désigne la musique née « extra-muros », dans les faubourgs de Tlemcen, où les poètes exilés ne pouvaient s’installer dans la cité.

Qui est Saïd El-Mendassi ?

Saïd El-Mendassi (1583-1677) est le fondateur du haouzi et du melhoun citadin. Premier poète populaire à consacrer ce genre, il fut le maître d’Ahmed Bentriki et le barde attitré du sultan Moulay Ismaïl au Maroc.

Quels sont les grands poètes du haouzi ?

Les grands poètes : Saïd El-Mendassi (fondateur), Ahmed Bentriki dit Ben Zengli (chantre du printemps), Mohammed Benmsayeb (600 pièces), et Boumédiène Bensahla. Leurs poèmes des XVIIe-XVIIIe siècles sont encore chantés.

Qui sont les interprètes célèbres du haouzi ?

Cheikh Larbi Bensari (Congrès du Caire 1932), Abdelkrim Dali (1914-1978), Cheikha Tetma, Fadhéla Dziria, Nouri Koufi, Brahim Hadj Kacem, Bahdja Rahal. Le Festival national du Haouzi se tient à Tlemcen.

Quelle différence entre haouzi et aroubi ?

Le haouzi utilise le dialecte raffiné de Tlemcen et les rythmes du gharnati. Le aroubi utilise le langage populaire d’Alger (fahs) avec les rythmes de la sanâa. Les deux dérivent du zadjal andalou et ont inspiré le chaâbi.

📜 Poètes & Interprètes du Haouzi

Saïd El-Mendassi
Ahmed Bentriki
M. Benmsayeb
Larbi Bensari
Abdelkrim Dali
Cheikha Tetma
Nouri Koufi
Bahdja Rahal

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École de Constantine

 

📚 Sources et références

  • Wikipédia — « Hawzi », « Saïd El-Mendassi », « Ahmed Ben Triki », « Mohammed Benmsayeb », « Abdelkrim Dali », « Nouri Koufi »
  • Institut du monde arabe — « Le Haouzi de Tlemcen »
  • El Watan — « Tlemcen. Musique arabo-andalouse : La grande école des fans »
  • Patrimoine de musique arabo-andalouse — « Le genre hawzi arabo andalou »
  • Opéra de Lille — « Hawzi, un héritage arabo-andalou »
  • Blog Ahmed Bentriki — « Histoire du Hawzi », « Musique arabo-andalouse »
  • Fondation Cheikh El Hadj Abdelkrim Dali
  • M.S. Dib & N. Maarouf — « Anthologie du chant arubi et hawzi » (2001)
  • Benali El Hassar — « Tlemcen florilège : histoire, art, politique, portraits et scènes de vie » (2011)
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