Abderrahmane Mira
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Abderrahmane Mira : Le Tigre de la Soummam
Biographie complète du colonel de l’ALN, chef de la Wilaya III historique, héros de la révolution algérienne tombé au champ d’honneur le 6 novembre 1959.
📍 Taghalat (Kabylie)
⭐ Colonel ALN • Chef Wilaya III
Abderrahmane Mira, surnommé le Tigre de la Soummam, est l’une des figures les plus emblématiques de la guerre de libération nationale. Ancien ouvrier métallurgiste en France et militant du MTLD, il rejoint la révolution dès novembre 1954 et assure la sécurité du Congrès de la Soummam en 1956. Après avoir commandé la Wilaya VI (Sahara), il succède au colonel Amirouche à la tête de la Wilaya III historique en mars 1959. Il met fin à la bleuite et conduit la résistance face à l’opération Jumelles avant de tomber au champ d’honneur le 6 novembre 1959.
C’était un brave homme qui aimait son pays, un fin politicien et un grand militaire.
Challal Kaci
Ancien moudjahid, compagnon de Mira
🏠 Origines et jeunesse (1922-1954)
Abderrahmane Mir, dit Mira, naît en 1922 à Taghalat, un village de l’arch des Ath Mlikeche (douar Beni Mlikeche), dans la daïra de Tazmalt, wilaya de Béjaïa. Son père Meziane et sa mère Cherifi Djedjiga lui donnent un frère, Amar, et trois sœurs : Megdouda, Aadada et Fatima.
Orphelin de père très jeune, Abderrahmane est pris en charge par son cousin Salem (surnommé Akli). À 12 ans, il rejoint son frère Amar à Annaba où il travaille. À 18 ans, il émigre en France et devient ouvrier métallurgiste à Nancy.
En 1942, Mira effectue son service militaire dans l’armée coloniale française. En 1947, il adhère au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) de Messali Hadj et devient rapidement chef de section du 19e arrondissement de Paris. En 1949, il achète un bistrot à Aubervilliers (42 boulevard Félix Faure), qui devient un lieu de ralliement des militants du mouvement national.
En septembre 1954, pressentant l’imminence de l’insurrection, Abderrahmane Mira vend ses biens en France et rentre en Algérie pour rejoindre le combat de libération.
🔥 Le déclenchement de la révolution (1954-1956)
Les premiers attentats
Le 2 novembre 1954, au lendemain du déclenchement de la révolution, Abderrahmane Mira participe au sabotage de la ligne téléphonique Tazmalt-Maillot et aux premiers attentats dans la région. En décembre 1954, il établit la liaison avec les dirigeants de la révolution : Krim Belkacem, Abane Ramdane, Amar Chikhi et Ali Mellah (Si Chérif).
📋 Parcours militaire (1954-1956)
- 💥
2 novembre 1954 : Sabotage de la ligne téléphonique Tazmalt-Maillot - 🤝
1955 : Rencontre avec Amirouche Aït Hamouda au village Ivejiouen, coordination dans la vallée de la Soummam - ⚔️
Combat contre le MNA sous le commandement de Slimane Dehilès (Si Saddek) à Haizer - 🎖️
15 mars 1956 : 1ère jonction des Zones III-IV-V près de Boussaâda (350 moudjahidine) → Médaille de la Résistance
🏛️ Le Congrès de la Soummam (août 1956)
Du 11 au 20 août 1956, se tient le Congrès de la Soummam au village d’Ifri (commune d’Ouzellaguen), événement fondateur de la révolution algérienne. Abderrahmane Mira se voit confier une mission cruciale : assurer la sécurité des congressistes dans une zone cernée par les casernes militaires françaises.
Mira escorte les principaux dirigeants de la révolution vers le lieu du congrès : Abane Ramdane, Larbi Ben M’hidi, Zighoud Youcef, Krim Belkacem et Ouamrane. Pendant les 20 jours du congrès, il maintient un dispositif de sécurité impénétrable.
Entré au congrès avec le grade de capitaine, Abderrahmane Mira est promu commandant à l’issue des travaux. Il devient l’adjoint du colonel Saïd Mohammedi (Si Nacer), chef de la Wilaya III.
🏜️ Commandement de la Wilaya VI (1957)
Début 1957, Abderrahmane Mira est envoyé dans la Wilaya VI (Sahara) pour remplacer le colonel Si Chérif (assassiné) et le commandant Abderrahmane Djouadi. Il part avec plus de 300 soldats, dont plus de la moitié tombera au combat.
Dans des conditions extrêmes – affrontements avec l’armée française, rivalités avec le MNA, climat saharien impitoyable – Mira organise la résistance. Il devient représentant de la Wilaya VI au CNRA (Conseil national de la Révolution algérienne).
Le 3 septembre 1957, lors d’un accrochage à Ighil Oumced, Mira est grièvement blessé. Il perd deux de ses secrétaires, Mouloud Ouyahia et Salah Hamimi. Fin octobre 1957, après des soins sur place, il rallie la Tunisie pour se faire soigner. Si El Haouès lui succède à la tête de la Wilaya VI.
⚔️ Chef de la Wilaya III (mars-novembre 1959)
Le retour en Kabylie
En Tunisie (1957-1959), Mira est nommé contrôleur militaire des frontières par Krim Belkacem. Il effectue deux missions à la base Didouche en Libye. À l’été 1958, constatant la perte d’ascendant de l’ALN de l’intérieur, il se porte volontaire pour retourner en Kabylie.
En coordination avec l’état-major Est (Si Nacer), les commandants Vrirouche et Mira sont envoyés en renfort. Vrirouche, malade, rebrousse chemin. Mira contourne la ligne Morice, franchit les Wilayas I et II et arrive au PC de la Wilaya III fin mars 1959.
La succession d’Amirouche
Le 22 mars 1959, le colonel Amirouche, en route vers la Tunisie, adresse deux lettres désignant Mira comme intérimaire de la Wilaya III. Le 29 mars 1959, Amirouche tombe au djebel Thamer près de Boussaâda. Mira lui succède définitivement après un intérim conjoint avec Mohand Oulhadj.
Dès son arrivée au PC de Bounaâmane fin mars 1959, Mira condamne l’usage de la torture. Début mai, il ordonne la libération de 60 combattants injustement poursuivis dans le cadre de la bleuite, cette opération d’intoxication française qui avait décimé l’élite de la wilaya. Il sanctionne les officiers responsables et libère également des prisonniers français (civils et militaires). Son humanisme rétablit l’ordre, la discipline et le moral des troupes.
Face à l’opération Jumelles
Le 22 juillet 1959, le général Challe lance l’opération Jumelles, déployant 60 000 soldats français en Kabylie. Challe installe son PC Artois au col de Chellata, à quelques kilomètres du refuge de Mira. Malgré cette pression militaire sans précédent, Mira maintient la résistance et sillonne les villages pour maintenir le moral de la population.
☠️ La mort au combat (6 novembre 1959)
Le 6 novembre 1959, entre 15h et 16h, Abderrahmane Mira tombe dans une embuscade tendue par la 1ère section de la 1ère compagnie du 2e RIMA (Régiment d’Infanterie de Marine Aéroportée), commandée par le capitaine Tréguer.
L’accrochage a lieu à Ath H’yani, près du col de Chellata, au nord d’Akbou. Mira tombe avec son adjoint, le commandant Mohand Oulhadj Akli.
📋 Éléments retrouvés sur le corps
- 🎖️
3 étoiles sur les épaulettes (grade de colonel) - 💰
390 000 anciens francs - 🔫
Mitraillette MAT 49 + 8 chargeurs
La dépouille de Mira est transportée par hélicoptère et exhibée dans plusieurs villages : Fethoun, Felden, Sidi-Amar, Chellata, Elma, Medjouben, jusqu’à son village natal de Taghalat. Sa destination finale reste inconnue. Son corps n’a jamais été retrouvé.
🏆 Héritage et reconnaissance
Les distinctions posthumes
- 1er novembre 1984 : Médaille du Martyr (plus haute distinction nationale)
- 10 novembre 1986 : Grade rectifié de commandant à colonel
- 1983 : L’Université de Béjaïa prend le nom d’Université Abderrahmane-Mira
- Novembre 1991 : Inauguration d’une stèle commémorative à Tazmalt par le Premier ministre Sid Ahmed Ghozali
- Novembre 2024 : Création de la Fondation colonel Abderrahmane Mira
- Mai 2025 : Publication de « Abderrahmane Mira, un destin brisé » par son fils Tarik Mira (éditions Tafat, Alger)
« Les dossiers les plus volumineux du Service historique de la Défense à Vincennes sont ceux de Mira et d’Amirouche. »
Tarik Mira
Fils d’Abderrahmane Mira, auteur de sa biographie
La quête de la sépulture
La famille de Mira, notamment ses fils Smaïl, Ismaïl et Tarik Mira, poursuit la recherche de sa sépulture pour pouvoir l’inhumer au carré des martyrs. Les archives françaises consultées n’ont pas encore permis de localiser sa dépouille.
❓ Questions fréquentes sur Abderrahmane Mira
Qui était Abderrahmane Mira ?
Abderrahmane Mira (1922-1959) était un colonel de l’Armée de Libération Nationale (ALN), surnommé le Tigre de la Soummam. Ancien ouvrier métallurgiste en France et militant du MTLD, il rejoint la révolution en 1954, assure la sécurité du Congrès de la Soummam en 1956, commande la Wilaya VI puis succède au colonel Amirouche à la tête de la Wilaya III en 1959.
Pourquoi Mira était-il surnommé le Tigre de la Soummam ?
Abderrahmane Mira fut surnommé le Tigre de la Soummam en raison de sa combativité légendaire, son courage au combat et sa maîtrise exceptionnelle du terrain dans la vallée de la Soummam. L’armée française l’appelait également « l’Insaisissable » car il échappait systématiquement à leurs opérations.
Quel rôle Mira a-t-il joué au Congrès de la Soummam ?
Lors du Congrès de la Soummam (11-20 août 1956), Abderrahmane Mira fut chargé d’assurer la sécurité des congressistes dans une zone cernée par les casernes françaises. Il escorta les délégués dont Abane Ramdane, Larbi Ben M’hidi, Krim Belkacem et Zighoud Youcef vers le village d’Ifri.
Comment Mira a-t-il mis fin à la bleuite ?
Dès son arrivée au PC de la Wilaya III fin mars 1959, Abderrahmane Mira condamna l’usage de la torture et ordonna la libération d’une soixantaine de combattants injustement détenus. Il sanctionna les officiers responsables et mit fin à cette opération d’intoxication française qui avait décimé l’élite de la wilaya.
Comment Abderrahmane Mira est-il mort ?
Le 6 novembre 1959, Abderrahmane Mira tomba dans une embuscade tendue par le 2e RIMA près du col de Chellata, au nord d’Akbou. Il fut tué avec son adjoint le commandant Mohand Oulhadj Akli. Sa dépouille, exposée dans plusieurs villages, n’a jamais été retrouvée.
Quels hommages sont rendus à Abderrahmane Mira ?
L’Université de Béjaïa porte son nom (Université Abderrahmane-Mira). Il reçut la Médaille du Martyr en 1984. La Fondation colonel Abderrahmane Mira, créée en 2024, perpétue sa mémoire. Son fils Tarik Mira a publié en 2025 la biographie « Abderrahmane Mira, un destin brisé ».
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