El Hadj Lakhdar
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Colonel El Hadj Lakhdar : Le Lion des Aurès et Compagnon de Ben Boulaïd
Biographie complète de Mohamed Tahar Abidi dit Hadj Lakhdar (1916-1998), héros de la Toussaint rouge, commandant de la Wilaya I historique, bâtisseur de la mosquée du 1er Novembre et fondateur de l’Université de Batna.
📍 Aïn Touta (Batna)
⭐ Colonel ALN • Wilaya I
Dans l’histoire de la révolution algérienne, le Colonel El Hadj Lakhdar — de son vrai nom Mohamed Tahar Abidi — occupe une place singulière. Compagnon de Mostefa Ben Boulaïd dès 1941, il fut l’un des artisans de la « Toussaint rouge » du 1er novembre 1954, dirigeant l’attaque de la caserne de Batna. Devenu commandant de la Wilaya I historique (Aurès-Nementchas), il survécut à la guerre et consacra sa vie à bâtir l’Algérie indépendante : la mosquée du 1er Novembre, l’Université de Batna qui porte son nom, et l’aéroport international sont autant de témoignages de son engagement.
🏛️ Origines et jeunesse chaouie (1916-1936)
Naissance dans les Aurès
Mohamed Tahar Abidi — celui qui deviendra le légendaire El Hadj Lakhdar — naît le 13 mars 1916 au village d’Ouled Chlih (Chaabat Ouled Chelih), dans la commune d’Oued Chaaba, à une quinzaine de kilomètres de Batna, au cœur des Aurès.
Il grandit au sein d’une famille chaouie très pauvre, comme la plupart des habitants de cette région montagneuse au sortir de la Première Guerre mondiale. Une misère sans pareille sévit dans les campagnes algériennes, poussant des milliers de jeunes hommes à chercher du travail ailleurs.
Les Aurès, massif montagneux peuplé par les Chaouis — l’un des plus anciens peuples berbères d’Afrique du Nord — constitueront le principal foyer de l’insurrection du 1er novembre 1954. C’est dans ces montagnes que Mostefa Ben Boulaïd, le « père de la révolution », organisera les premiers maquis.
L’exil vers la France (1936)
En 1936, à vingt ans, Mohamed Tahar Abidi fait un choix déchirant : il quitte l’Algérie pour aller travailler en France, comme des milliers d’Algériens partis « proposer leurs bras » dans les usines de la métropole.
Il avait à peine la vingtaine, mais déjà la conscience du sort fait à son peuple. L’émigration, souvent vécue comme un exil douloureux, allait paradoxalement devenir le creuset de son éveil nationaliste.
🇫🇷 L’éveil nationaliste en France
En France, Mohamed Tahar Abidi rencontre un groupe d’Algériens qui se réunissent régulièrement pour évoquer leur pays et partager leurs rêves d’émancipation. Comme lui, ils veulent se débarrasser de la tutelle coloniale.
« Leur compagnie lui a permis d’atténuer la dureté de l’exil. C’est là qu’il a pris conscience de la nécessité de lutter pour l’indépendance de l’Algérie. »
Témoignage historique
Ces quatre années passées en France (1936-1939) forgent sa conscience politique. Le contexte est propice : l’Étoile nord-africaine de Messali Hadj, puis le Parti du peuple algérien (PPA), mobilisent les travailleurs algériens de France autour de l’idéal indépendantiste.
En 1939, après quatre années d’absence, El Hadj Lakhdar rentre au pays. Il a déjà « la conscience nationale dans la peau » et n’a qu’une idée en tête : organiser la lutte.
🔒 Les premières cellules clandestines
La cellule de Batna (1939)
Dès son retour en Algérie, El Hadj Lakhdar s’emploie à créer une cellule clandestine à Batna. Ce premier noyau ne dépasse pas 15 éléments, mais il multiplie les réunions de conscientisation.
Les réunions se tiennent au domicile de M. Méziane al Halouandji (ou Benchaiba Amar selon d’autres témoignages). L’activité se poursuit durant trois années dans le plus grand secret.
📋 Chronologie des cellules (1939-1954)
- 📅
1939 : Création de la première cellule clandestine à Batna (15 membres) - 🤝
1941 : Premier contact avec Mostefa Ben Boulaïd - 🏘️
1942 : Création d’une seconde cellule à Aïn Touta - 🚶
1944 : Chargé d’accueillir les militants du Nord-Constantinois - 🔫
1944-1954 : Collecte d’armes avec Lakhdar Ben Kawha et Belkacem Belayache
La rencontre décisive avec Ben Boulaïd (1941)
En 1941, la cellule d’El Hadj Lakhdar établit un premier contact avec le militant Mostefa Ben Boulaïd. Ce dernier leur présente un nouveau programme d’action. C’est le début d’une collaboration qui ne cessera qu’avec la mort tragique de Ben Boulaïd en 1956.
En 1942, El Hadj Lakhdar constitue une autre cellule à Aïn Touta. En 1944, Ben Boulaïd le charge d’accueillir les militants venant du Nord-Constantinois, fuyant la répression. Par ailleurs, il s’occupe de réunir des armes avec l’aide de Lakhdar Ben Kawha, Belkacem Belayache et le moudjahid Ben Lakhdar au village El Hadjadj.
Entre 1947 et 1948, El Hadj Lakhdar loue des locaux commerciaux à Aïn Touta : un café et un hammam. Ces lieux servent de couverture pour les réunions clandestines. Les militants y jouent au jeu de l’anneau (Khatem) tout en discutant de la Seconde Guerre mondiale, des événements du 8 mai 1945 et des moyens de déclencher la révolution.
🔥 La nuit du 1er novembre 1954
La veille du déclenchement
La veille du 1er novembre 1954, El Hadj Lakhdar rencontre le commandant Mostefa Ben Boulaïd ainsi qu’un groupe important de maquisards. C’est lors de cette réunion ultime que Ben Boulaïd le désigne comme chef de l’un des groupes chargés de frapper Batna.
Les jours précédents, El Hadj Lakhdar avait effectué des reconnaissances avec ses compagnons. Selon le témoignage du moudjahid Mohamed Messaoudi, il s’était rendu à plusieurs reprises vers la caserne militaire de la cité Parc-à-fourrage pour « épier les mouvements des gardiens pendant pas moins de dix nuits successives ».
En cette fameuse nuit de la « Toussaint rouge », El Hadj Lakhdar dirige l’attaque contre la caserne des chasseurs alpins de Batna. Son groupe abat les deux sentinelles : le brigadier-chef Eugène Cohet et le soldat Pierre Audat. Ce sont les premières victimes militaires françaises de la guerre d’Algérie.
L’attaque de la caserne
L’attaque se déroule vers 3 heures du matin. Le groupe d’El Hadj Lakhdar agit avec précision. Selon une source française, le sous-préfet de Batna, alerté plus tôt par des coups de feu à Biskra, ne sait pas que « Hadj Lakhdar Abidi l’a eu dans sa ligne de mire deux heures auparavant et qu’il n’a pas tiré car il était trop tôt ! »
L’alerte est déclenchée, mais il n’y a plus d’effet de surprise. El Hadj Lakhdar et son commando se replient sans s’affoler, prenant la route de Lambèse vers les montagnes. Il avait franchi le « Rubicon » — le point de non-retour.
« 1er novembre 1954, 3 heures du matin, Batna, dans le massif des Aurès : le brigadier-chef Eugène Cohet et le soldat Pierre Audat tombent sous les balles du groupe de Hadj Lakhdar. Les premières victimes militaires de la guerre d’Algérie viennent d’être tuées. »
Source historique
⭐ Chef de la Wilaya I historique
L’ascension dans la hiérarchie (1955-1958)
Après le 1er novembre 1954, El Hadj Lakhdar poursuit son combat dans les Aurès et gravit les échelons de la hiérarchie militaire. Il est impliqué activement dans l’organisation et le renforcement de la région de Batna, d’abord sous la direction de Laamouri, puis de Mekki Hihi, qui gèrent successivement la Zone 1 de la Wilaya des Aurès.
À la fin de l’année 1956, après le Congrès de la Soummam, El Hadj Lakhdar est devenu le chef de la Zone de Batna. Il charge alors plusieurs militants — dont Mostéfa Merarda, Ahmed Tayeb Maache, Tahar Bouguarn et Smail Chaabani — de créer et d’organiser les comités populaires prévus par le Congrès.
📋 Parcours hiérarchique
- 🎖️
Fin 1956 : Chef de la Zone de Batna (Zone 1) - 🎖️
2 avril 1957 : Chef de la Zone 1 (succédant à Mekki Hihi) - ⭐
Juin 1958 : Commandant de la Wilaya I (après la mort d’Ali N’mer)
Commandant de la Wilaya I (1958)
Vers le 2 avril 1957, El Hadj Lakhdar prend la relève de Mekki Hihi à la tête de la Zone 1, en reconnaissance de son parcours et de son engagement dans la mise en application des dispositions de la plateforme de la Soummam.
Avec la mort au champ d’honneur d’Ali N’mer le 10 juin 1958, le commandement de la wilaya connaît un mois de flottement. La direction révolutionnaire à l’extérieur (Tunisie) réagit rapidement : un message confirme que « si la mort du commandant Ali N’mer était confirmée, le commandement de la wilaya à l’intérieur sera systématiquement acquis de droit au capitaine Abid Mohamed Tahar dit Hadj Lakhdar ».
Il avait à peine la quarantaine lorsqu’il fut désigné à la tête de la Wilaya des Aurès. Il effectua son entrée avec une solide katiba d’escorte et sa garde personnelle, dirigée par Abdeldjebbar.
🤝 La réunion des colonels (décembre 1958)
Du 6 au 12 décembre 1958, se tient à Ouled Askeur (près de Taher, dans la wilaya de Jijel) la célèbre réunion des colonels de l’ALN. C’est la première fois depuis le Congrès de la Soummam que les chefs de wilaya se rencontrent.
- El Hadj Lakhdar — Wilaya I (Aurès-Nementchas)
- Colonel Amirouche — Wilaya III (Kabylie)
- Si M’hamed Bougara — Wilaya IV (Algérois)
- Colonel Si El Haouès — Wilaya VI (Sahara)
En cette période cruciale où la lutte armée connaît une situation difficile — le plan Challe bat son plein — les chefs de wilaya sentent la nécessité de faire le point, de définir une approche commune et de prendre des décisions pour pérenniser la lutte.
Les décisions de la réunion
Les colonels reconnaissent l’existence, dans leurs régions respectives, d’éléments en opposition avec le FLN (messalistes, dissidents chaouis). Amirouche et Si M’hamed décident d’envoyer chacun deux katibas de leur wilaya pour aider El Hadj Lakhdar à « dicter sa loi aux insoumis qui défient son pouvoir ».
L’opération se fera effectivement au début de 1959 : 48 « petits chefs rebelles » seront liquidés et leurs partisans accepteront l’autorité du chef de la Wilaya I.
« C’était un homme pieux qui manipulait très bien les armes. Lors de la bataille d’El-Kerma sur les hauteurs de Médéa, il a été blessé après avoir affronté l’ennemi pendant toute une journée. »
Saïd Abadou
Secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidine
🏗️ L’œuvre d’après l’indépendance
Après la fin de la guerre, El Hadj Lakhdar est appelé par la Direction à rejoindre Tunis. Il participe notamment à la réunion du CNRA à Tripoli en février 1962, aux côtés de Mostéfa Merarda et Abdelhafid Boussouf, pour examiner les résultats des négociations qui aboutiront aux accords d’Évian.
Le bâtisseur
Après l’indépendance, le Colonel El Hadj Lakhdar consacre entièrement sa vie aux bonnes causes à travers les associations de bienfaisance de toute la wilaya de Batna. Mais son héritage le plus marquant reste ses contributions aux grands projets de développement de sa région :
- Complexe mosquée du 1er Novembre 1954 — Une citadelle de l’Islam bâtie sur le terrain d’un ancien aérodrome militaire français d’où décollaient les avions pour bombarder les maquis
- Université de Batna « Hadj Lakhdar » — Inaugurée en 1977, elle accueille plus de 60 000 étudiants
- Aéroport international Mostefa Ben Boulaïd — Contribution à l’implantation de cette infrastructure majeure
- CHU de Batna — Centre hospitalier universitaire
« Le choix du terrain était d’une grande portée. Le défunt moudjahid voulait bâtir un phare du savoir qui illumine la voie pour les générations montantes sur le site d’où partaient les avions du colonisateur pour bombarder les moudjahidine dans les maquis et raser les villages des différentes localités des Aurès. »
Salah Boubchiche
Président de l’association religieuse de la mosquée « 1er Novembre 1954 »
Le décès (1998)
El Hadj Lakhdar s’éteint le 23 février 1998 à Batna, à l’âge de 82 ans, avant l’ouverture officielle de la grande mosquée qu’il avait tant voulu voir achevée. Il est inhumé dans sa ville natale, où son souvenir reste vivace.
L’Université de Batna, qui porte son nom « Hadj Lakhdar », perpétue sa mémoire auprès des générations futures. Elle occupe aujourd’hui une place importante dans le paysage universitaire algérien.
❓ Questions fréquentes sur El Hadj Lakhdar
Qui était El Hadj Lakhdar ?
El Hadj Lakhdar, de son vrai nom Mohamed Tahar Abidi (1916-1998), était un colonel de l’ALN et l’un des héros de la révolution algérienne. Compagnon de Mostefa Ben Boulaïd dès 1941, il participa à l’attaque de la caserne de Batna le 1er novembre 1954 et devint commandant de la Wilaya I historique.
Quel rôle a joué El Hadj Lakhdar le 1er novembre 1954 ?
Dans la nuit du 1er novembre 1954, El Hadj Lakhdar dirigea l’attaque contre la caserne des chasseurs alpins de Batna. Son groupe abattit les deux sentinelles (le brigadier-chef Eugène Cohet et le soldat Pierre Audat), premières victimes militaires françaises de la guerre d’Algérie.
Quand El Hadj Lakhdar est-il devenu commandant de la Wilaya I ?
El Hadj Lakhdar devint commandant de la Wilaya I historique (Aurès-Nementchas) en juin 1958, après la mort au combat d’Ali N’mer le 10 juin 1958. Il avait auparavant dirigé la Zone 1 (région de Batna) à partir d’avril 1957.
Quelle était la relation entre El Hadj Lakhdar et Mostefa Ben Boulaïd ?
El Hadj Lakhdar fut l’un des plus proches compagnons de Mostefa Ben Boulaïd. Leur premier contact date de 1941. Ils préparèrent ensemble le déclenchement du 1er novembre 1954, et Hadj Lakhdar fut parmi ceux qui accueillirent Ben Boulaïd après son évasion de prison en 1955.
El Hadj Lakhdar a-t-il participé à la réunion des colonels de décembre 1958 ?
Oui, El Hadj Lakhdar participa à la célèbre réunion des colonels qui se tint du 6 au 12 décembre 1958 à Ouled Askeur. Il y représenta la Wilaya I, aux côtés des colonels Amirouche (Wilaya III), Si M’hamed Bougara (Wilaya IV) et Si El Haouès (Wilaya VI).
Quel est l’héritage d’El Hadj Lakhdar après l’indépendance ?
Après l’indépendance, El Hadj Lakhdar consacra sa vie aux œuvres de bienfaisance et au développement de Batna. Il fut l’initiateur du complexe mosquée du 1er novembre 1954, de l’Université de Batna (qui porte son nom) et de l’aéroport international Mostefa Ben Boulaïd.
Pourquoi l’université de Batna porte-t-elle le nom d’El Hadj Lakhdar ?
L’Université de Batna porte le nom « Hadj Lakhdar » en hommage au colonel qui a contribué à sa création. Inaugurée en 1977, elle accueille plus de 60 000 étudiants et témoigne de l’engagement du moudjahid pour l’éducation et le développement de sa région natale.


















































































































































































































































































































































































































































































































































































































