Amar Ezzahi : Biographie du Sultan de la Musique Chaâbi
- Dzaïr Zoom / 3 jours
- 8 février 2026

Le Sultan du Chaâbi
Amar Ezzahi
Amar Aït Zaï • 1941-2016 • L’Âme de Bab El Oued
Virtuose du mandole et poète de l’ombre, il a incarné le Chaâbi dans sa forme la plus pure et la plus spirituelle. Sa vie, entre génie musical et ascétisme, a fait de lui une légende vivante au-delà des modes.
📍 Bab El Oued, Alger
✨ Poésie Melhoun
Amar Ezzahi est l’énigme la plus fascinante de la musique chaâbi. Né en Kabylie mais devenu le symbole vivant de la Casbah et de Bab El Oued, il a su porter l’héritage de Hadj M’hamed El Anka vers des sommets de spiritualité et d’improvisation. Homme de peu de mots, fuyant la lumière des caméras pour le réconfort des mariages populaires, il a transformé chaque Istikhbar en une prière mélodique. Sa disparition en 2016 a laissé la ville d’Alger orpheline de son fils le plus humble et le plus doué.
«Ezzahi ne cherchait pas la gloire, c’est la gloire qui le cherchait dans les recoins les plus sombres de Bab El Oued.
— Témoignage d’un habitant de Bab El Oued
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Des montagnes du Djurdjura aux ruelles d’Alger
Amar Aït Zaï naît le 1er janvier 1941 à Iboudraren, un village perché dans les montagnes de la wilaya de Tizi Ouzou. Très jeune, sa famille s’installe à Alger, fuyant la misère coloniale. C’est dans les quartiers de la Casbah et de Bab El Oued qu’il passera toute sa vie, devenant l’enfant chéri de ces bastions de la culture algéroise.
Contrairement à beaucoup de ses contemporains, il n’a pas appris la musique au conservatoire. Il s’est formé à l’école de la vie, en écoutant les maîtres du quartier. Son initiation commence par la flûte, mais c’est le mandole qui deviendra son instrument de prédilection. Sous l’influence de Boudjemaâ El Ankis, il commence à se produire dès la fin des années 50.
À ses débuts, Ezzahi est très proche de Boudjemaâ El Ankis, qui lui offre ses premiers textes. On sent déjà chez lui cette capacité à interpréter la poésie Melhoun avec une dévotion presque religieuse.
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L’ascension fulgurante des années 60 et 70
Après l’indépendance de l’Algérie, Amar Ezzahi devient l’une des figures de proue du renouveau musical. En 1968, il enregistre son premier 45 tours qui contient le titre culte « Ya dzaïr ya el assima ». Ce morceau, vibrant hommage à Alger, propulse le jeune chanteur sur le devant de la scène nationale.
À cette époque, il collabore avec les plus grands paroliers, dont l’immense Mahboub Bati (le même qui a lancé Guerouabi et Abdelkader Chaou). Il enregistre des titres comme Zeni ya zeni ou Ghadatni. Cependant, malgré ce succès foudroyant, Ezzahi commence déjà à se distancer de l’industrie musicale officielle.


Le refus de la standardisation
Ezzahi a été l’un des rares artistes à refuser de sacrifier la longueur de ses morceaux pour les exigences de la radio. Il voulait laisser la musique respirer, quitte à ce que ses chansons dépassent les 20 minutes.
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Le choix de l’ombre : La vie d’un ascète
À partir des années 80, Amar Ezzahi opère un retrait radical. Il refuse les interviews, ne passe plus à la télévision et cesse d’enregistrer des albums en studio. Il devient un artiste de l’instant, se produisant presque exclusivement dans les mariages populaires et les cercles restreints d’Alger.
Cette posture d’ascète a renforcé son mythe. On le croisait dans les rues de Bab El Oued, vêtu simplement, discutant avec les jeunes du quartier ou s’asseyant anonymement dans un café maure. Il incarnait la sagesse du Qanaâ (le contentement), vivant avec le strict nécessaire et refusant les contrats mirobolants des producteurs.
Le chanteur des pauvres
Ezzahi privilégiait les mariages des familles modestes. On raconte qu’il pouvait refuser des sommes astronomiques pour des galas de luxe afin de chanter gratuitement pour un orphelin ou un voisin démuni.
La spiritualité Soufie
Son répertoire s’oriente de plus en plus vers le M’deh (louange religieuse) et les qasidates mystiques, reflétant sa propre quête spirituelle intérieure.
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L’art d’Ezzahi : Entre improvisation et virtuosité
Sur le plan purement musical, Ezzahi a apporté une sophistication harmonique sans précédent au chaâbi. Il a su intégrer des nuances issues de la musique universelle tout en restant ancré dans le mode andalou Zidane ou Sika. Ses Istikhbars (improvisations) au mandole sont étudiés aujourd’hui comme des modèles de construction mélodique.
Il avait cette capacité unique à moduler sa voix pour souligner chaque émotion du texte. Quand il chantait El Harraz ou Koursi, l’auditoire était transporté dans un voyage cinématographique. Son orchestre, toujours composé de musiciens de haut vol, devait le suivre dans ses envolées imprévisibles, ce qui rendait chaque prestation unique.
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La fin d’un règne et des funérailles historiques
Le 30 novembre 2016, Amar Ezzahi s’éteint à Alger. L’annonce de sa mort provoque un séisme émotionnel dans tout le pays. Le lendemain, ses funérailles au cimetière d’El Kettar tournent à la manifestation populaire : plus de 100 000 personnes envahissent les rues d’Alger pour saluer leur « Sultan ».
Il est enterré non loin de son maître El Anka. Son héritage ne se trouve pas dans des récompenses officielles (qu’il refusait systématiquement), mais dans les milliers de cassettes et d’enregistrements amateurs qui circulent encore. Il a laissé derrière lui une école de pensée : celle d’un artiste qui ne vend pas son âme au commerce.
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Questions fréquentes
Est-il kabyle ?
Oui, de naissance. Amar Ezzahi est originaire de Kabylie (Tizi Ouzou), mais il a grandi et passé toute sa vie à Alger. Il représentait parfaitement cette fusion culturelle entre la rigueur montagnarde et la poésie urbaine algéroise.
Pourquoi l’appelait-on « Le Sultan » ?
Ce n’était pas un titre officiel, mais un surnom donné par le peuple. Il régnait sur le cœur des Algériens sans jamais avoir besoin de couronne ou de palais. Sa noblesse était celle de l’esprit et de l’art.
Où se trouve sa maison à Bab El Oued ?
Ezzahi habitait un modeste appartement au quartier de la rue Randon, tout près de la place des Martyrs. Sa demeure était à l’image de l’homme : simple, accueillante pour les amis et remplie de musique.
Pourquoi y a-t-il peu d’albums officiels de lui ?
Parce qu’il détestait les studios d’enregistrement qu’il jugeait froids et sans âme. L’essentiel de son œuvre a été capté en « live » lors de mariages. C’est dans le contact direct avec le public qu’Ezzahi donnait le meilleur de lui-même.
« La musique est un silence que l’on habille avec de la lumière. »
— Hommage à Amar Ezzahi, le Phénix de Bab El Oued
ⵄⵎⴰⵔ ⴰⵣⵣⴰⵀⵉ — 1941 – 2016







































































































































































































































































































































































































































































































































































































